Reggane, les soixante-six ans de crimes oubliés

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Soixante-six ans après les premières explosions nucléaires françaises sur le sol algérien, la mémoire de Reggane reste vive, douloureuse et irréversible. Le 13 février 1960, l’opération Gerboise bleue inscrivait la France parmi les puissances nucléaires, mais au prix d’un crime humain et écologique dont l’ampleur dépasse largement les frontières du Sahara. Des cancers, des malformations congénitales, des sols et des écosystèmes dévastés : les stigmates de ces essais persistent, hantant les populations du Sud et les consciences nationales.

Cette commémoration intervient dans un contexte diplomatique singulier. À quelques jours de la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, le dossier des essais nucléaires reste, plus que jamais, un passage obligé dans le processus de normalisation des relations entre Alger et Paris. La question mémorielle, profondément ancrée dans la conscience nationale, constitue un point de tension non résolu, rappelant que la vérité historique demeure un préalable à toute réconciliation sincère.

Pour la première fois, l’Algérie engage une opération de décontamination des sites, à In Ekker notamment, s’appuyant sur ses experts et ses moyens nationaux. Cette initiative traduit la volonté de sécuriser les zones sinistrées face au déni persistant de Paris, qui refuse toujours de fournir les plans et archives relatifs à l’enfouissement des déchets radioactifs. Sur le plan juridique, cette commémoration suit l’adoption par le Parlement algérien d’une loi criminalisant le colonialisme, stipulant l’imprescriptibilité des crimes coloniaux et consacrant la mémoire nationale comme principe intangible.

Le président Abdelmadjid Tebboune l’a rappelé à maintes reprises : l’Algérie ne réclame pas de compensation financière, mais une reconnaissance morale et historique. « La valeur de nos martyrs est plus précieuse que des milliards de dollars », martèle-t-il, réaffirmant que la vérité historique prime sur toute réparation matérielle.

Côté français, la nouvelle loi sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires, bien qu’annoncée comme un progrès, est perçue à Alger comme insuffisante face à l’ampleur du crime. Au-delà des indemnisations individuelles, c’est la responsabilité de l’État français dans l’utilisation de populations comme cobayes et la pollution durable d’un territoire qui est en jeu.

Ainsi, la question des essais nucléaires ne se réduit pas à un simple devoir de mémoire. Pour l’Algérie, elle constitue un test de sincérité politique : seule une reconnaissance courageuse permettra d’ouvrir une nouvelle étape dans les relations bilatérales, sur des bases d’égalité et de respect mutuel. En attendant, sous le sable du Sahara, restent enfouies les traces d’une atrocité que le temps et le silence diplomatique ne sauraient effacer. Amina L.

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