Derrière ses plages paisibles se cache une histoire complexe, riche et ancienne, mais souvent laissée à l’abandon. Que sait-on réellement de Stidia ?
Stidia — anciennement « La Stidia », puis « Georges-Clemenceau » — porte en elle près de 28 siècles d’histoire : du comptoir phénicien aux périodes romaine, espagnole, ottomane et coloniale. Elle fut également témoin des premiers soubresauts du 1er novembre 1954.
L’Antiquité :
L’histoire de Stidia remonte à l’époque phénicienne. Attirés par sa baie abritée et ses sources d’eau douce, les Phéniciens y auraient établi un comptoir, probablement nommé « Rusucmona ou Portus Divini ». Le site servait d’escale commerciale pour le blé, l’huile et le murex, reliant Carthage aux comptoirs ibériques.
Sous l’Empire romain, après 40 apr. J.-C., Stidia est intégrée à la Maurétanie Césarienne. Elle devient un vicus agricole dépendant de Cartennae (actuelle Ténès). Des vestiges — citernes, pressoirs à huile, fragments de céramique sigillée — ont été relevés notamment dans la région des Hachem. L’économie reposait sur trois piliers : l’oléiculture dans les collines du Dahra, la céréaliculture dans la plaine et la production de garum sur la côte.
Le christianisme s’implante dès le IVᵉ siècle, et la région est touchée par la crise donatiste. L’arrivée des Vandales en 429, puis des Byzantins en 533, entraîne le repli des populations côtières. Stidia se dépeuple progressivement sans pour autant disparaître. Son port finit par s’ensabler.
Période islamique :
À partir du XVIᵉ siècle, avec l’arrivée des Ottomans, le nom évolue vers Istiḏia. Les tribus Medjaher et Beni Zeroual contrôlent l’arrière-pays, vivant principalement en autarcie. La pêche, l’élevage caprin et la culture du figuier constituent les principales activités.
Sous les Almoravidines 11ᵉ siècle), puis les Al-Muwaḥḥidūn 12ᵉ siècle, le Dahra reste une zone refuge sans véritable centre urbain. Les géographes arabes, tels qu’Al-Bakri et Al-Idrissi, évoquent des mouillages entre Mazagran et Ténès sans citer explicitement Stidia, preuve de son rôle secondaire.
Entre 1236 et 1554, sous les Zianides de Tlemcen, Stidia sert occasionnellement de point d’appui aux corsaires de Mostaganem. L’habitat reste dispersé en douars, notamment ceux des Ouled Ziane.
Durant la Régence d’Alger 1516–1830, la côte ouest est peu investie. Stidia ne dispose ni de fortification ni de garnison. Les populations paient l’impôt aux autorités de Mostaganem par l’intermédiaire des cheikhs locaux. Des rapports consulaires français du XVIIIᵉ siècle décrivent d’ailleurs cette côte comme faiblement peuplée.
Colonisation française
Après la prise de Mostaganem en 1833, l’armée française installe un poste de surveillance à Stidia afin de contrôler la côte. En 1846, un décret officialise la création du centre de colonisation de Stidia, destiné à accueillir des colons européens.
Les premiers arrivants sont majoritairement des Mahonnais de Minorque et des Espagnols d’Alicante, spécialistes du maraîchage et de la viticulture. Ils reçoivent des concessions de 10 à 30 hectares. La cave coopérative La Stidienne est fondée en 1905. Le vin produit est exporté vers Sète et Marseille. Le village se structure progressivement : église Saint-Vincent (1873), mairie, école, gendarmerie.
En 1901, la population compte plus de 1 240 Européens contre 890 Algériens, principalement installés dans les douars Hachem et Ouled Ziane.
Entre 1900 et 1954, Stidia devient la huerta de Mostaganem : cultures irriguées, primeurs, artichauts, tomates, agrumes. La plage attire déjà les familles aisées de Mostaganem, notamment le dimanche, avec la construction des premières villas.
La guerre de libération
Entre 1954 et 1962, la guerre de libération affecte fortement la région du Dahra. Stidia est intégrée à la zone 4 de la Wilaya V historique. Plusieurs opérations de l’ALN sont menées sur la RN11 et dans les douars environnants. Le 19 mars 1962 marque le cessez-le-feu. Durant l’été, la majorité des Européens quitte la région. La cave coopérative est abandonnée.
Après l’indépendance
À partir de 1962, Stidia connaît une transformation majeure. Les terres agricoles sont nationalisées et les domaines viticoles deviennent des exploitations autogérées. Une reconversion partielle s’opère vers la vigne de table.
En 1984, dans le cadre de la réforme territoriale, Stidia est érigée en commune de plein exercice, détachée de Fornaka. À partir des années 2000, la localité connaît un véritable essor balnéaire. Stidia devient l’une des principales plages de Mostaganem. Résidences, campings et restaurants se multiplient. L’agriculture sous serre se développe également, tomates, piments, fraises, renforçant son rôle de pôle agricole.
Aujourd’hui, Stidia est à la croisée des chemins. Elle conjugue deux vocations parfois contradictoires : une agriculture intensive qui fait d’elle un véritable garde-manger régional, et une urbanisation touristique croissante qui grignote progressivement les terres agricoles.
Entre mer et terre, mémoire et modernité, Stidia incarne ainsi les défis d’un territoire en quête d’équilibre.
- Par Belkacem






























