Une délégation de plusieurs dizaines de religieux druzes syriens s’apprête à se rendre en Israël ce vendredi pour une visite spirituelle sans précédent. Cet événement symbolise un revirement majeur dans les relations entre les deux parties, marqué par une transition de la méfiance vers une coopération accrue. Cette initiative intervient dans un contexte de tensions sectaires croissantes en Syrie, notamment après les récentes attaques contre la communauté alaouite sur la côte syrienne, exacerbant les craintes des Druzes quant à leur sécurité.
Jusqu’alors centrées sur les Druzes du Golan occupé, les interactions entre Israël et cette communauté s’étendent désormais à des figures religieuses de l’intérieur de la Syrie. Ce rapprochement révèle une perte de confiance croissante envers le régime de Damas, jugé incapable de protéger la minorité druze, poussant cette dernière à envisager des alliances alternatives, y compris avec l’État hébreu. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie israélienne de longue date visant à intégrer les Druzes dans son approche régionale, à travers un soutien humanitaire et des promesses de protection.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé, jeudi, l’envoi de 10 000 colis alimentaires (huile, farine, sucre) aux Druzes syriens, principalement dans la province de Sweida. Si cette initiative est présentée comme une aide d’urgence, elle alimente les divisions au sein de la Syrie et du Liban. Certains y voient une instrumentalisation de la vulnérabilité druze par Israël, tandis que d’autres estiment nécessaire cette ouverture pour préserver la minorité face aux bouleversements régionaux.
Le leader druze libanais Walid Jumblatt a mis en garde contre les « manœuvres israéliennes » en Syrie, reflétant une défiance persistante. Malgré les offres israéliennes, les autorités druzes syriennes réaffirment leur attachement à l’unité nationale, comme en témoigne le rejet rapide des propositions de protection militaire de Benjamin Netanyahu. Un incident récent à Sweida, où un drapeau israélien a été arraché et brûlé par des habitants, illustre cette ambivalence.
La situation sécuritaire fragile des Druzes syriens, confrontés à la fois à l’État islamique et aux trafiquants du désert, a conduit à la formation de milices locales. Téhéran et Damas négocient actuellement l’intégration de ces groupes sous l’égide du ministère syrien de la Défense, tandis qu’Israël renforce sa présence dans la zone tampon du Golan. Le ministre de la Défense israélien, Yisrael Katz, a averti : « Si le régime [syrien] nuit aux Druzes, nous lui nuirons ».
Répartis entre la Syrie, le Liban, Israël et le Golan, les Druzes (3 % de la population syrienne) ont largement évité de s’engager dans le conflit depuis 2011, préservant une neutralité relative. Leur visite en Israël, incluant un pèlerinage au sanctuaire du prophète Shuaib et une rencontre avec le chef spirituel druze israélien, Sheikh Moqaf Tarif, pourrait cependant redéfinir leur rôle dans une région en mutation.






























