Soudan : 1 000 jours de guerre

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Mille jours. Mille jours de bombes, de faim, d’exil et de silence. Mille jours durant lesquels le Soudan s’est lentement disloqué sous les yeux d’une communauté internationale plus prompte à compter les morts qu’à empêcher la guerre. Aujourd’hui, le pays est littéralement coupé en deux, voire en plusieurs fragments, livré aux armes, aux ambitions personnelles et aux jeux d’influence régionaux.

À l’est et au sud-est, l’armée régulière impose son contrôle depuis Port-Soudan, devenue capitale provisoire par défaut, pendant que Khartoum, cœur historique et politique du pays, gît en ruines. À l’ouest et au sud-ouest, les Forces de soutien rapide (FSR) règnent en maîtres, installant leur pouvoir à Nyala, au Darfour Sud. Depuis la chute d’El-Fasher, le Darfour est entièrement passé sous contrôle paramilitaire, ravivant les pires souvenirs des massacres et des nettoyages ethniques déjà connus dans cette région martyrisée.

La ligne de front s’étend désormais vers le Kordofan, preuve que la guerre n’a rien d’un conflit figé. Elle avance, elle ronge, elle dévore ce qu’il reste d’un État déjà fragilisé par des décennies de dictature, de corruption et d’ingérences étrangères.

Face à ce désastre, la diplomatie internationale s’agite, mais piétine. Le « Quad » – États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Égypte – multiplie les réunions, les annonces et les projets de cessez-le-feu. En vain. Les propositions humanitaires se heurtent aux calculs militaires, aux méfiances et surtout aux accusations croisées de soutien aux belligérants, notamment contre Abou Dhabi, soupçonné d’appuyer militairement les FSR. Comment prétendre jouer les médiateurs lorsqu’on est perçu comme partie prenante du conflit ?

Washington promet aujourd’hui une conférence des donateurs, pendant que l’ONU parle de la pire crise humanitaire au monde. Les chiffres donnent le vertige : douze millions de déplacés internes, quatre millions de réfugiés, trente millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire. Mais derrière ces statistiques se cachent des vies brisées, des enfants sans école, des femmes livrées à la violence, un peuple entier abandonné à son sort.

Le drame soudanais n’est pas seulement celui d’une guerre fratricide. Il est aussi celui d’un ordre international impuissant ou indifférent, qui tolère que des pays entiers sombrent tant que les grandes routes commerciales, les intérêts stratégiques ou les équilibres régionaux ne sont pas directement menacés. Le Soudan paie le prix de son isolement médiatique et politique, relégué loin des priorités des grandes puissances.

Mille jours après le début de cette guerre absurde, une vérité s’impose : aucune solution militaire ne sauvera le Soudan. Seule une pression internationale sincère, débarrassée des doubles standards et des agendas cachés, peut ouvrir la voie à un véritable cessez-le-feu et à une transition civile réelle. Chaque jour de plus est un jour de trop. Mille jours, c’est déjà mille jours de trop.

      Par Belkacem

 

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