La leçon du conflit au Moyen Orient : les enjeux géostratégiques  face au contrôle des cours  d’eau

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Se focalisant  sur  les impacts  du cours des hydrocarbures , le  conflit actuel au Moyen orient- Iran -USA via Israël, montre tout l’ampleur  des enjeux géostratégiques  de la pénurie et du contrôle de  l’eau douce  tant pour  les activités économiques que des besoins  des populations de cette région.

1.- Les   pays du Golfe (CCG) dépendent de manière critique du dessalement pour plus de 70% à 90% de leur eau potable (90% au Koweït, 70% en Arabie saoudite), concentrant 40% de la capacité mondiale.  Cette dépendance extrême, vitale pour les mégalopoles, constitue une vulnérabilité stratégique, rendant ces infrastructures cibles potentielles dans les conflits régionaux.   Et en cas de destructions les pays du Golfe se retrouveraient  dans un désert  presque inhabitable. C’est que  plusieurs centaines d’usines  dont les  infrastructures dépendent fortement de technologies avancées pour le dessalement par osmose  inverse ou thermique   consomment  d’énormes quantités d’énergie (1,5 million de barils de pétrole/jour), liant directement la sécurité de l’eau à la production énergétique  souvent situées sur le littoral, sont vulnérables aux attaques, ou aux marées noires, et en cas de non recyclage  des risques  sur l’environnement avec  55 % des rejets de saumure , menaçant les écosystèmes marins  devant privilégier  les énergies renouvelables   Mais cela concerne également tous les espaces mondiaux pouvant conduire à des conflits beaucoup plus graves  à ce qui se passe au Moyen Orient notamment en Afrique avec des flux migratoires , des déplacements forcés des populations du fait de la pénurie alimentaire. Avoir accès à l’eau est  donc devenu un enjeu économique et géostratégique, voire militaire à l’échelle planétaire et les récents événements montrent tous les enjeux. Selon l’Organisme mondial de la Santé 50% des cas de sous-nutrition chez les enfants sont dus à la consommation d’eau non potable et plus de la moitié de la population mondiale n’a pas accès à des services d’assainissement sûrs. Il y a risque  de tensions sociales internes et des conflits mondiaux pour le contrôle de l’or bleu Plus de 40% de la population mondiale est établie dans les 250 bassins fluviaux transfrontaliers du globe où ces populations doivent partager leurs ressources en eau avec les habitants d’un pays voisin. Une telle situation peut être à l’origine de conflits récurrents,  lorsqu’un cours d’eau traverse une frontière,  l’eau devenant alors un véritable instrument de pouvoir aux mains du pays situé en amont.

2.- Aujourd’hui, les contentieux à propos de l’eau sont nombreux à travers le monde, notamment au Nord et au Sud de l’Afrique, au Moyen Orient  ,au Proche -Orient, en Amérique centrale, au Canada et dans l’Ouest des États Unis. Au Proche-Orient, selon l’ONU, une dizaine de foyers de tensions existent. Ainsi l’Égypte, entièrement tributaire du Nil pour ses ressources en eau, doit néanmoins partager celles-ci avec dix autres États du bassin du Nil : notamment avec l’Éthiopie où le Nil bleu prend sa source, et avec le Soudan où le fleuve serpente avant de déboucher sur le territoire égyptien. Quant à l’Irak et à la Syrie, ils sont tous deux à la merci de la Turquie, où les deux fleuves qui les alimentent, le Tigre et l’Euphrate, prennent leur source. Grâce aux nombreux barrages qu’elle a érigés sur le cours supérieur du fleuve, la Turquie régule le débit en aval. Autre point névralgique, l’Asie du Sud-Est, qui pourrait bien devenir une poudrière où le nord-est de la Chine recèle seulement 15% des ressources en eau du pays pour 45% de sa population totale. D’où les projets du gouvernement pour pomper l’eau au sud afin de l’acheminer au nord-est grâce à de grands projets de canaux de dérivations Le premier à l’est de la Chine où un grand canal puisant son eau dans le fleuve Bleu pour l’acheminer vers la région de Pékin, le second étant dérivation au centre. Mais c’est le troisième projet qui peut être source de tensions notamment avec l’Inde, le Bangladesh, voire le Pakistan. Puisqu’il concerne directement les fleuves prenant leur source dans les contreforts tibétains de l’Himalaya, expliquant que la Chine entend garder la main sur la région du Tibet, le «château d’eau de l’Asie» où l’Indus, le Gange, le Brahmapoutre et le Mékong qui y ont leur source afin de puiser ou dériver l’eau de ces fleuves. Toujours en Asie où est concentrée la plus grande fraction de la population mondiale, le partage des eaux du Brahmapoutre apparaît comme l’une des sources de conflit potentiel entre la Chine, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam. Aussi, le défi majeur du XXIe siècle en matière d’eau sera donc vraiment d’assurer la rentabilité de la gestion de l’eau, tout en garantissant aux plus pauvres le droit d’accéder à cette ressource vitale .-D’énormes investissements seront donc nécessaires pour moderniser l’existant et créer de nouveaux équipements (usines de production, réseaux de distribution, stations d’assainissement), mais aussi pour développer de nouveaux systèmes d’irrigation.  Ces investissements ont été évalués par le Conseil mondial de l’eau à 180 milliards de dollars par an pour les 25 prochaines années, contre 75 milliards de dollars actuellement investis chaque année.

3.-  D’où l’importance d’institutions internationales de régulation et d’un marché mondial de l’eau régulé, évitant un calcul monétaire de rentabilité immédiate. Ce seront donc les décisions politiques, au niveau national et international et des agences de financement, qui joueront un rôle déterminant dans la gestion future du risque de pénurie d’eau douce.  Pour l’Afrique, des actions coordonnées doivent être mises en œuvre pour éviter des tensions futures essentiellement au nombre de quatre

Premièrement la réduction de l’envasement des barrages qui pour de nombreux pays comme devient préoccupant.

Deuxièmement, le traitement approprié des eaux usées qui nécessitent la maîtrise technologique.

Troisièmement, une lutte contre le gaspillage, où globalement, seuls 55% des prélèvements en eau sont réellement consommés, les 45% restants étant perdus surtout en cas de fortes précipitations se déversant sur la mer pour les pays côtiers et détruisant la couche arable. Dans certaines grandes villes d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine comme Le Caire ou Mexico, jusqu’à 70% de l’eau distribuée est perdue par fuite dans les réseaux. Certaines nappes, qui pourtant ne se renouvellent plus ou quasiment plus à l’échelle humaine, sont exploitées faute de vision stratégique à long terme sont fortement exploitées, notamment à des fins de consommation et d’irrigation, ce qui risque à terme leur assèchement.

Quatrième mesure, est le développement des projets de dessalement d’eau pour les pays proches  des mers et des océans . Mais l’on devra protéger l’environnement en évitant que les déchets chimiques se déversent sur la mer et utiliser les énergies renouvelables car ces unités demandent une forte consommation de gaz traditionnel, pouvant à court terme combiner le gaz et le solaire. Cette opération, est financièrement coûteuse, mais comme dit l’adage l’’eau na pas de prix, devant avoir une production à grande échelle afin de diminuer à moyen terme les coûts, le prix du mètre cube d’eau actuellement étant excessivement cher et une des solutions est une politique des prix appropriée      avec de subventions ciblées pour ne pas pénaliser les couches sociales les  plus  vulnérables  et de  afin d’éviter le gaspillage de cette ressource rare.

En conclusion, selon les rapports des Nations Unies l’augmentation des températures modifie les précipitations à l’échelle régionale et mondiale, et, partant, le régime des pluies et celui des saisons agricoles, ce qui a des répercussions majeures sur la sécurité alimentaire, la santé et le bien- être des populations. D’où l’importance d’adopter des politiques coordonnées sur l’eau et le climat, afin de parer aux aléas hydrologiques, tels que les inondations et les sécheresses, le stress hydrique étant aggravé par la croissance démographique et la diminution des ressources disponibles.

  • Par Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL

 

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