Mojtaba Khamenei, le fantôme de Téhéran

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Depuis son accession au poste de Guide suprême, succédant à son père Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei s’impose comme une figure aussi centrale qu’insaisissable. En quelques mois, il est devenu un dirigeant sans visage, presque spectral, absent de la scène publique, silencieux dans les moments les plus symboliques, y compris lors des grandes fêtes religieuses.

Aucune apparition officielle, aucune allocution en direct, aucune image diffusée. Seuls quelques messages écrits, relayés par la télévision d’État, témoignent de son existence politique. Une situation inédite pour un régime où l’image du Guide constitue traditionnellement un pilier de légitimité et d’autorité.

Du côté de Téhéran, la ligne officielle est claire : cette disparition médiatique serait une mesure de sécurité exceptionnelle. Les autorités iraniennes évoquent un contexte de menaces directes et crédibles contre le nouveau Guide.

Le représentant iranien auprès de l’ONU, Ali Bahrani, a affirmé que cette absence répondait à des « considérations de sécurité », rejetant catégoriquement les rumeurs sur un éventuel problème de santé. Même discours du côté du porte-parole de la diplomatie iranienne, Ismail Baqai, qui insiste sur le fait que Mojtaba Khamenei dirige pleinement les affaires de l’État.

Cette version s’inscrit dans un contexte explosif. Après l’élimination ciblée de plusieurs figures majeures du régime, dont son père, attribuée à Israël, la menace d’un assassinat du nouveau Guide est ouvertement évoquée. Dans ces conditions, chaque apparition publique pourrait constituer un risque vital.

Mais cette explication ne convainc pas totalement hors d’Iran. À Washington comme à Tel-Aviv, les analyses divergent et nourrissent un autre récit.

Selon des sources américaines et israéliennes, l’absence prolongée de Mojtaba Khamenei cacherait une réalité plus complexe, mêlant fragilité politique et préoccupations sanitaires. Certaines estimations évoquent un état de santé dégradé, compatible avec une gestion à distance du pouvoir, mais insuffisant pour permettre des apparitions publiques.

Cette hypothèse alimente les spéculations sur une possible lutte interne au sommet du régime iranien, où l’opacité reste la règle. Dans un système fondé sur l’autorité religieuse et charismatique du Guide, l’absence physique prolongée fragilise inévitablement la perception du pouvoir.

Au-delà des versions contradictoires, une réalité s’impose : l’Iran est aujourd’hui dirigé par un homme que personne ne voit. Une situation qui interroge profondément sur la nature actuelle du pouvoir à Téhéran.

Ce « Guide invisible » incarne peut-être une nouvelle phase du régime : plus sécuritaire, plus opaque, mais aussi potentiellement plus vulnérable. Car dans un pays où le symbole compte autant que la stratégie, l’absence d’image peut devenir une faille.

Entre impératif de survie et soupçons de fragilité, Mojtaba Khamenei gouverne dans l’ombre, laissant planer une question essentielle : un pouvoir peut-il durablement exister sans visage ?

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