À Washington comme à Tripoli, un même nom revient désormais avec insistance dans les discussions diplomatiques sur l’avenir de la Libye : Saddam Haftar. Le commandant en second de l’Armée nationale libyenne (ANL), fils du maréchal Khalifa Haftar, est attendu cette semaine à Washington pour y rencontrer le secrétaire d’État américain Marco Rubio, une visite qui illustre l’ampleur prise par l’initiative américaine de réunification du pays, pilotée par le conseiller présidentiel pour le Moyen-Orient et l’Afrique, Massad Boulos.
Selon plusieurs sources concordantes, le scénario porté par Washington consisterait à installer Saddam Haftar à la tête d’un nouveau conseil présidentiel exécutif, tout en maintenant Abdulhamid Dbeibah au poste de premier ministre à Tripoli, avec un partage des portefeuilles gouvernementaux entre les deux camps. Ce montage viserait à mettre fin à plus d’une décennie de division institutionnelle entre l’est et l’ouest du pays. Le projet, encore officieux, est porté personnellement par Massad Boulos, qui a confirmé dans un entretien au Financial Times poursuivre un plan visant à unifier les familles Dbeibah et Haftar au sein d’un même gouvernement, les négociations actuelles visant à nommer Saddam Haftar président du Conseil présidentiel tout en maintenant Dbeibah à son poste actuel. L’agenda de Saddam Haftar s’est considérablement densifié ces derniers mois. À Benghazi, le chef du renseignement turc Ibrahim Kalin a rencontré le général Haftar pour évoquer l’unification des institutions libyennes et le renforcement de la stabilité, tandis que les ministres des Affaires étrangères égyptien, saoudien et turc se sont entretenus avec Boulos au Caire sur le dossier libyen. Le fils du maréchal Haftar a endossé un rôle diplomatique et militaire de plus en plus marqué au sein du camp de l’Est et est largement perçu comme une figure clé de toute succession future au sein de la structure de commandement Haftar. Sur le plan économique, des avancées concrètes sont également mises en avant : Massad Boulos est parvenu à imposer l’idée d’un budget unique pour toute la Libye, validé pour 2026, et les forces armées régulières de l’Est et de l’Ouest ont manœuvré conjointement lors de l’exercice Flintlock à Syrte en avril 2026, sous l’égide du commandement Africom. Le projet est loin de faire l’unanimité, y compris dans le propre camp du maréchal Haftar. Belqasem Haftar, frère de Saddam et responsable de l’Agence de développement et de reconstruction, a publiquement rejeté les démarches de son frère liées au volet des négociations, estimant que les participants à une réunion de Tunis sur le budget unifié ne représentaient pas l’est et le sud du pays. Plus largement, le Mufti de Libye a mis en garde contre cette « initiative funeste » menée par le conseiller du président américain, et le Haut Conseil d’État a fait savoir qu’il ne reconnaîtrait aucune négociation menée sans mandat officiel explicite. Des analystes pointent par ailleurs une faiblesse structurelle du plan. Le problème de l’accord porté par Boulos est qu’il est conçu autour d’individus précis, plutôt que d’institutions, ce qui fragiliserait sa pérennité en cas de désaccord entre les principaux protagonistes. Au-delà des considérations politiques, l’initiative américaine répond aussi à des intérêts économiques. La motivation principale de Washington semble être une stabilisation rapide afin d’ouvrir la voie aux investissements énergétiques américains, l’objectif étant de doubler la production pétrolière libyenne pour atteindre trois millions de barils par jour d’ici 2030, aux côtés de groupes comme Chevron et ConocoPhillips. Si le plan Boulos semble avoir gagné du terrain ces dernières semaines, son aboutissement reste suspendu à plusieurs inconnues : l’accord des factions libyennes elles-mêmes, mais aussi une validation internationale. Toute nouvelle initiative doit en effet obtenir l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies. Charef Slamani




























