Le chiffre est vertigineux et a de quoi interpeller. Près de 4 000 opérateurs économiques employant entre zéro et cinq salariés ont déclaré des besoins d’importation dépassant les 130 milliards de dollars au titre des programmes prévisionnels d’importation du second semestre 2026. Des données jugées suffisamment préoccupantes pour provoquer une réaction au plus haut sommet de l’État.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a convoqué une réunion consacrée à l’examen de ces irrégularités et aux mesures à prendre à l’encontre de leurs auteurs. La réunion, tenue en présence du Premier ministre Sifi Ghrieb et des principaux responsables des secteurs du commerce, des finances, des Douanes et de la Banque d’Algérie, intervient après les anomalies relevées par les services du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations dans les déclarations enregistrées sur la plateforme numérique dédiée aux programmes prévisionnels d’importation. Les premières vérifications ont fait apparaître des écarts difficilement justifiables entre les effectifs déclarés par certaines entreprises et les montants d’importation sollicités. Parmi les cas les plus révélateurs, 149 opérateurs ne disposant d’aucun salarié ont déclaré des besoins avoisinant les 500 millions de dollars. Près d’un millier d’entreprises employant une seule personne ont, pour leur part, formulé des demandes dépassant 20 milliards de dollars. Le phénomène ne se limite pas aux montants déclarés. Les services du ministère ont également relevé des anomalies dans les déclarations d’effectifs auprès de la Cnas, certaines entreprises semblant renforcer leurs effectifs uniquement au moment du dépôt ou de l’examen de leurs programmes d’importation. Des similitudes entre différents documents administratifs et financiers ont par ailleurs été constatées dans les dossiers de plus de 1 000 opérateurs. Dans certains cas, un même numéro d’identification fiscale aurait même été utilisé par plusieurs entreprises. Face à l’accumulation de ces anomalies, les investigations ont été approfondies en coordination avec les services concernés. La présidence de la République a ainsi fait savoir que la réunion avait notamment pour objectif de prendre «les mesures nécessaires contre les auteurs de déclarations mensongères visant à vider le Trésor public», dans le cadre d’un plan qualifié de soigneusement préparé pour porter atteinte aux infrastructures de l’économie nationale. Cette affaire met également en lumière le rôle croissant de la numérisation dans le contrôle du commerce extérieur. Le croisement des données douanières, fiscales, bancaires et commerciales permet désormais de détecter rapidement des incohérences qui auraient pu échapper aux mécanismes traditionnels de contrôle. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu dépasse donc le seul traitement des demandes d’importation. Il s’agit de renforcer la traçabilité des opérations, de mieux protéger les ressources du Trésor et de fermer les espaces susceptibles d’être exploités à des fins frauduleuses. La fermeté affichée au plus haut niveau de l’État intervient dans un contexte de renforcement de la lutte contre la fraude, la surfacturation et les fausses déclarations dans le commerce extérieur. Avec l’exploitation croisée des données et l’intervention des différents organismes de contrôle, les pratiques frauduleuses sont désormais soumises à un examen plus serré, laissant présager des suites fermes à l’encontre des contrevenants. Par Amina L.




























