Le 10 septembre 2026, à dix jours de la rentrée scolaire prévue le 21 septembre, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé l’annulation de sa décision n° 20 du 28 juillet 2026 portant sur la réforme des volumes horaires et coefficients des matières dans l’enseignement secondaire et technique. Cette décision de rétropédalage intervient quelques jours après les orientations du président de la République Abdelmadjid Tebboune lors du conseil des ministres du 6 septembre 2026, appelant à tenir l’école éloignée de l’idéologie et à soumettre toute proposition de changement exclusivement en Conseil des ministres.
La décision d’annulation, signée le 9 septembre 2026 par le ministre Mohamed Seghir Sadaoui, stipule que toutes les publications en lien avec la décision du 28 juillet sont également annulées et que les dispositions de la décision n° 186 du 23 mars 2006 restent en vigueur. Lors d’une conférence nationale consacrée au suivi de la mise en œuvre des orientations présidentielles, le ministre a souligné « l’extrême importance des orientations données par le président de la République visant à tenir l’école à l’écart de tout courant idéologique et de tout conflit politique stérile, afin que le débat au sein du secteur demeure purement pédagogique ».
Contenu de la décision annulée du 28 juillet 2026
La décision n° 20 du 28 juillet 2026 avait introduit plusieurs modifications structurelles dans l’organisation du cycle secondaire et technique. Parmi les mesures phares figuraient :
- Réorganisation des volumes horaires : élargissement du volume horaire des matières fondamentales de spécialité en troisième année secondaire pour accorder davantage de temps aux travaux pratiques et aux corrigés d’exercices.
- Introduction de l’informatique : ajout de la matière informatique aux filières Mathématiques et Mathématiques Techniques en troisième année secondaire, afin d’assurer une cohérence avec le mode d’enseignement à l’université.
- Modification des coefficients linguistiques : renforcement de l’anglais avec un coefficient passant à 3 dès la 2e année du moyen et maintien de cette tendance au secondaire.
- Réaménagement de la philosophie : réduction du volume horaire de la philosophie dans les filières scientifiques, mathématiques et techniques en terminale, avec maintien de la matière en première année secondaire.
- Changement de dénomination : transformation de la filière « Technique mathématique » en filière « Génie ».
Le ministère avait affirmé qu’aucune matière ne serait supprimée, mais que leur répartition dans le cursus scolaire serait modifiée afin d’améliorer les conditions d’apprentissage.
Les raisons de l’annulation
Plusieurs facteurs expliquent ce revirement ministériel. D’abord, la réforme avait suscité une énorme polémique dans l’opinion publique, principalement en raison du nouveau volume horaire de la philosophie au lycée. Ensuite, les orientations présidentielles du 6 septembre ont clairement indiqué que l’école devait être protégée des querelles politiques et des courants idéologiques.
Le ministre Sadaoui a déclaré que « l’objectif suprême du secteur de l’éducation nationale est une école moderne et ouverte, capable de former des générations dotées des connaissances scientifiques nécessaires et d’un esprit ouvert », appelant toutes les composantes de la communauté éducative à « éloigner l’école, les espaces éducatifs et l’ensemble des établissements relevant du secteur de l’éducation des querelles politiques et des courants idéologiques ».
Critique pédagogique de la décision du 20 juillet 2026
- Une réforme précipitée et mal préparée
La décision du 28 juillet 2026 a été critiquée pour son caractère précipité. Selon plusieurs observateurs, les changements annoncés ne tenaient pas compte des réalités du terrain, notamment en matière de formation des enseignants et de disponibilité des ressources pédagogiques. L’introduction de l’anglais dès la 3e année primaire, par exemple, a été jugée irréaliste par de nombreux pédagogues, qui soulignent qu’il n’y a pas assez d’enseignants d’anglais formés pour tenir cette promesse.
- La question de la philosophie : entre marginalisation et rééquilibrage
La réduction du volume horaire de la philosophie dans les filières scientifiques a été vivement critiquée par l’Association algérienne des études philosophiques, qui a dénoncé « la dégradation d’une matière jugée vitale pour le développement de la pensée critique, de la rationalité et du libre arbitre chez les lycéens ». Pour ses détracteurs, réduire le volume horaire de la philosophie, la cantonner aux premières années du lycée et la soustraire à l’évaluation du baccalauréat revient, dans les faits, à la marginaliser.
Le ministre a défendu sa décision en expliquant que « nous avons renforcé les matières fondamentales dans chaque filière, et la philosophie a précisément bénéficié de ce renforcement dans la filière Lettres et Philosophie, notamment par la hausse de son coefficient en classe de Terminale ». Concernant les autres filières, il a précisé que la philosophie demeure programmée comme une matière clé des apprentissages de base en classe de Première.
- La querelle des langues : anglais contre français
La substitution organisée de l’anglais au français a été perçue par certains comme une décision idéologique plutôt que pédagogique. Le pédagogue Ahmed Tessa a formulé des critiques techniques, soulignant que la transition du français vers l’anglais se fait plus rapidement que le système ne peut le supporter. Selon lui, il n’y a pas assez d’enseignants d’anglais formés pour mettre en œuvre efficacement cette réforme.
D’autres observateurs estiment que cette réforme linguistique reflète une volonté de rupture avec l’héritage colonial français et d’alignement sur les standards internationaux. Le ministre a justifié ce choix par la nécessité de renforcer l’anglais, langue internationale, tout en maintenant le français comme langue étrangère au même titre que l’allemand, l’italien ou l’espagnol.
- Impact sur la cohérence du parcours scolaire
Les critiques ont également porté sur la cohérence globale du parcours scolaire. La réorganisation des volumes horaires et coefficients a été jugée trop complexe et susceptible de créer des déséquilibres entre les différentes filières. Par exemple, l’augmentation significative du coefficient de l’anglais dans les filières scientifiques et techniques (passant à 3) a été perçue comme une mesure qui pourrait désavantager les élèves moins préparés linguistiquement.
De plus, la répartition du contenu de certaines matières sur les première et deuxième années secondaires a été critiquée pour son manque de clarté pédagogique. Les enseignants ont exprimé des inquiétudes quant à la charge de travail supplémentaire et à la difficulté de couvrir l’ensemble des programmes dans des délais réduits.
- Absence de consultation et de dialogue pédagogique
Un autre point de critique majeur concerne l’absence de consultation des acteurs de terrain avant l’annonce de la réforme. Les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves et les experts en sciences de l’éducation n’ont pas été associés à l’élaboration de ces mesures, ce qui a nourri un sentiment de défiance envers le ministère.
Cette approche « top-down » a été dénoncée comme contraire aux principes de gouvernance participative et de dialogue social qui devraient prévaloir dans le secteur éducatif. Plusieurs partis politiques ont également exprimé leurs réserves, soulignant que la réforme de l’école doit refléter « l’identité de l’État algérien consacrée par la Déclaration du 1er Novembre ».
Conséquences de l’annulation
L’annulation de la décision n° 20 du 28 juillet 2026 a plusieurs implications. D’abord, elle permet de maintenir la stabilité du système éducatif à l’approche de la rentrée scolaire, évitant ainsi la confusion qui aurait pu résulter de l’application de mesures controversées. Ensuite, elle ouvre la voie à une réflexion plus approfondie et plus inclusive sur les réformes nécessaires dans le secondaire.
Le maintien du système du tronc commun et la préservation de l’ensemble des matières précédemment programmées pour toutes les filières constituent un retour à la normale rassurant pour les élèves, les enseignants et les parents. Cependant, cette annulation ne doit pas être interprétée comme un renoncement à toute réforme, mais plutôt comme une invitation à concevoir des changements mieux préparés, mieux concertés et mieux adaptés aux réalités du terrain.
Perspectives et recommandations
À la lumière de cette expérience, plusieurs recommandations peuvent être formulées pour l’avenir :
- Renforcer la concertation : associer systématiquement les enseignants, les syndicats, les associations de parents et les experts en sciences de l’éducation à l’élaboration des réformes.
- Privilégier la progressivité : éviter les changements brusques et privilégier des réformes progressives, testées et évaluées avant généralisation.
- Investir dans la formation : renforcer la formation initiale et continue des enseignants, en particulier dans les domaines prioritaires comme l’anglais et l’informatique.
- Garantir la cohérence pédagogique : veiller à ce que les réformes respectent la cohérence des parcours scolaires et ne créent pas de déséquilibres entre les différentes filières.
- Protéger l’école de l’idéologie : conformément aux orientations présidentielles, garantir que les décisions éducatives soient prises sur la base de critères purement pédagogiques et non idéologiques.
Conclusion
L’annulation de la décision n° 20 du 28 juillet 2026 marque un tournant dans la politique éducative algérienne. Elle témoigne de la prise de conscience par les autorités de la nécessité de protéger l’école des querelles idéologiques et de privilégier une approche pédagogique rigoureuse et concertée. Les critiques formulées à l’encontre de la réforme annulée mettent en lumière les défis auxquels est confronté le système éducatif algérien : besoin de modernisation, exigences de qualité, contraintes de ressources et attentes légitimes de la société.
À l’avenir, il appartiendra au ministère de l’Éducation de transformer cette expérience en opportunité pour engager des réformes plus profondes, mieux préparées et plus inclusives, capables de répondre aux aspirations d’une école algérienne moderne, ouverte et performante. Par Charef Slamani




























