‘’Village des Citronniers’’ : El-Arsa, une page vivante de la mémoire de Mostaganem

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À Mostaganem, El-Arsa est l’un de ces anciens quartiers dont l’histoire demeure intimement liée à la mémoire de la ville. Connu autrefois comme le « Village des Citronniers », il s’est développé dans un environnement marqué par les vergers, les arbres fruitiers et la proximité de l’oued Aïn Sefra, connu pour ses sources naturelles et ses espaces verdoyants. Derrière les transformations urbaines qu’il a connues, le quartier conserve aussi les souvenirs de générations d’habitants qui y ont grandi. El-Arsa occupe une place particulière dans l’histoire urbaine de Mostaganem. Situé dans la partie sud de la ville, ce secteur appartient à l’ancien tissu urbain de la cité et apparaît dans plusieurs travaux consacrés à son évolution historique. Durant la période coloniale, il était notamment connu sous l’appellation de « Village des Citronniers », un nom qui rappelle le paysage végétal qui caractérisait autrefois cette partie de la ville. Les anciens vergers et la présence d’arbres fruitiers ont profondément marqué la mémoire collective. Les citronniers ont notamment donné leur nom à ce secteur, tandis que la proximité de l’oued Aïn Sefra contribuait à former un environnement particulier, avec ses sources naturelles et ses espaces de végétation. Certains habitants ont d’ailleurs, au fil des années, aménagé de petits espaces autour de l’oued en y plantant des fleurs et en entretenant des coins de verdure, perpétuant ainsi, à leur manière, le caractère végétal qui faisait autrefois le charme des lieux. La mémoire d’El-Arsa ne se limite cependant pas à son paysage. Elle est également faite de scènes de la vie quotidienne que les anciennes générations ont conservées dans leurs souvenirs. Parmi elles figure un rituel particulièrement marquant lié au mois de Ramadan durant la période coloniale. Selon des témoignages transmis localement, à l’approche de l’heure de l’Iftar, les soldats français plaçaient un grand canon dans le secteur proche de l’actuel jardin du 20 Août, connu autrefois sous l’appellation de jardin de l’Ex président de la République Ahmed-Ben-Bella, et l’orientaient en direction de la plage. Le coup de canon était alors tiré lorsque la lumière annonçant la rupture du jeûne était aperçue depuis la mosquée du quartier de Tebbana. La détonation, particulièrement forte, pouvait être entendue dans une grande partie de Mostaganem et servait ainsi de signal aux habitants pour annoncer l’heure de l’Iftar. Ce souvenir, aujourd’hui disparu avec cette pratique, demeure profondément ancré dans la mémoire de ceux qui l’ont connu. Ce récit appartient également à la mémoire personnelle de nombreux anciens habitants d’El-Arsa. Certains se souviennent encore de ces soirées de Ramadan durant lesquelles les familles attendaient le bruit du canon avant de commencer leur repas. Pour les enfants du quartier, ce moment constituait un événement quotidien qui rythmait le mois sacré et faisait partie du paysage sonore de Mostaganem d’autrefois. Ces souvenirs, même lorsqu’ils sont transmis oralement, contribuent à donner une dimension humaine à l’histoire du quartier. Au fil des décennies, El-Arsa a ensuite connu d’importantes transformations urbaines. Les bâtiments connus localement sous le nom de « bâtiments de la cité Kaïd M’Hamed » ont marqué une période importante de cette évolution résidentielle. Ils ont longtemps constitué un élément familier du quartier et restent associés aux souvenirs de plusieurs générations de Mostaganémois. Avec le temps, certains de ces immeubles ont connu une forte dégradation. Après le relogement de leurs occupants dans des logements plus décents, les constructions les plus fragilisées ont été complètement démolies et l’assiette de terrain serve actuellement en dépotoir à ciel ouvert   Elles n’ont cependant pas été entièrement rasées et évacuées. Des pierres, des gravats, du sable et d’autres matériaux provenant des anciennes structures sont encore présents sur certains sites, donnant à ces espaces un aspect qui nécessite aujourd’hui un traitement et un aménagement appropriés. Tous les bâtiments de la cité Kaïd M’Hamed n’ont toutefois pas disparu. Certaines constructions demeurent encore debout, tandis que les espaces issus des démolitions partielles côtoient aujourd’hui le bâti existant. Cette situation illustre les différentes étapes de transformation qu’a connues El-Arsa et pose la question de l’avenir de ces emprises au cœur d’un quartier chargé d’histoire. Par endroits, les rues, les ruelles et certains trottoirs présentent également des signes de dégradation. Ces difficultés contribuent à altérer l’image de certains secteurs du quartier, alors même qu’El-Arsa dispose d’un patrimoine mémoriel et paysager qui pourrait constituer un véritable atout pour sa requalification. L’amélioration du quartier pourrait ainsi s’inscrire dans une approche qui associe cadre de vie et mémoire locale. Aujourd’hui El-Arsa se trouve à la croisée de son passé et de son avenir. Lui redonner un cadre urbain plus agréable ne signifie pas effacer ce qui reste de son histoire, mais au contraire permettre à cette mémoire de trouver sa place dans la ville actuelle. Entre les souvenirs des citronniers, les paysages de l’oued Ain Sefra et les témoignages de ceux qui y ont vécu, El-Arsa demeure une page singulière de la mémoire populaire de Mostaganem.  Par Tayeb Bey Abdelkader

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