Le ministre de la Jeunesse, chargé du Conseil supérieur de la jeunesse (CSJ), Mustapha Hidaoui, a présidé le lancement des premières sessions d’évaluation de la performance des Directions de la jeunesse et des sports (DJS). La démarche s’inscrit dans le cadre de l’amélioration de la performance et le renforcement de l’efficacité des structures et établissements relevant du secteur.
Le calendrier annoncé est celui d’un cycle qui s’étendra à tout le territoire. Les sessions d’évaluation se poursuivront dans les différentes wilayas du pays, chaque direction passant à son tour devant le ministre et ses collaborateurs. Le ministère de la jeunesse ne précise pas encore le rythme des rencontres à venir, ce qui est un point à suivre : la crédibilité d’un tel exercice tient à sa régularité et à son caractère systématique.
Un bilan, un diagnostic, une feuille de route
Selon le ministère, ces sessions sont consacrées à l’évaluation du niveau de mise en œuvre des programmes et activités sectoriels. Elles visent aussi à identifier les difficultés et insuffisances enregistrées, à préparer la rentrée des activités 2026-2027 et à définir les priorités et les opérations programmées pour la prochaine étape.
Cette dernière précision donne à l’exercice sa portée pratique. Il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière : les conclusions de chaque session doivent nourrir la programmation de la saison qui s’ouvre. À l’échelle d’un secteur dont l’activité suit le calendrier scolaire, universitaire et sportif, la rentrée de septembre-octobre est un moment charnière. C’est là que se décident l’ouverture des activités dans les maisons de jeunes, l’organisation des sections, le calendrier des compétitions locales et l’usage des équipements sportifs.
Les orientations du ministre : suivi, planification, attractivité
Lors de ces rencontres, M. Hidaoui a insisté sur plusieurs axes de travail, d’après le communiqué.
Il a d’abord souligné la nécessité de renforcer le suivi sur le terrain des différents programmes et activités. Il a plaidé pour une planification préalable et une évaluation continue, qui doivent contribuer à améliorer la qualité des services et activités destinés aux jeunes. L’idée est de sortir d’une logique de bilans ponctuels pour installer un suivi permanent, où l’on anticipe au lieu de constater après coup.
Le ministre a ensuite mis l’accent sur l’efficacité des établissements de jeunesse et des structures du secteur. Il s’agit de consolider leur attractivité et leur capacité à répondre aux aspirations et aux besoins des jeunes. Le mot d’attractivité n’est pas anodin : un équipement peut être ouvert, propre et conforme, sans pour autant attirer un public qui lui préfère d’autres espaces, physiques ou numériques. Mesurer la fréquentation, ajuster les programmes aux attentes et communiquer sur l’offre disponible deviennent ainsi des enjeux de gestion à part entière.
Il a enfin évoqué l’importance de valoriser les établissements de jeunesse et d’optimiser l’exploitation des moyens et structures disponibles. Le message est clair : avant d’appeler à de nouveaux équipements, il faut tirer le meilleur parti de ceux qui existent déjà.
La numérisation comme colonne vertébrale
Le ministre a également insisté sur le renforcement de la numérisation des données sectorielles et sur leur mise à jour continue. Selon le communiqué, cet effort doit soutenir la prise de décision, améliorer les mécanismes de suivi et d’évaluation et rehausser le niveau de performance, en vue d’atteindre les objectifs fixés dans le cadre de la stratégie nationale d’autonomisation des jeunes.
Ce volet est sans doute l’un des plus structurants. Une évaluation sérieuse suppose des données fiables, à jour et comparables d’une wilaya à l’autre : nombre d’établissements et taux d’utilisation, effectifs de bénéficiaires, activités réalisées, encadrement disponible, état des équipements, projets en cours. Sans base commune, les comparaisons restent approximatives et les débats se déplacent vers le terrain de l’impression. Avec des données actualisées, la discussion entre l’administration centrale et les directions locales gagne en précision, et les décisions, en légitimité.
Un secteur exposé aux critiques
Le secteur de la jeunesse et des sports est l’un des plus visibles de l’action publique. Il touche une population jeune et nombreuse, attentive à ce qu’elle reçoit de l’État, et il est régulièrement au centre du débat. Les critiques adressées aux DJS sont anciennes et se concentrent autour de quelques points récurrents.
Le premier est l’état des établissements de proximité. Les maisons de jeunes, les centres de loisirs et certaines salles polyvalentes sont souvent décrits comme sous-utilisés, insuffisamment entretenus ou peu animés. Le constat a été fait au sein même du ministère. En février 2022, lors d’une conférence des cadres, le ministre en poste à l’époque avait qualifié de « lamentable et triste » la situation de nombreux établissements de jeunes laissés à l’abandon faute de moyens. Il avait alors évoqué, parmi les critères d’évaluation des cadres locaux, la prise en charge des dossiers qui leur sont confiés, tout en reconnaissant que certaines difficultés locales dépassent le seul périmètre du département.
Le deuxième point est le retard ou l’inachèvement de certains projets d’infrastructures : stades, complexes sportifs, salles, aires de jeux. Ces chantiers dépendent de plusieurs acteurs (financement, maîtrise d’ouvrage, entreprises de réalisation, autorités locales) et la responsabilité de la direction de wilaya n’y est pas toujours engagée seule. C’est précisément ce que l’évaluation devra permettre de démêler.
Le troisième est l’écart entre les programmes affichés et l’impact perçu. Les activités d’animation, les campagnes de vacances, l’accompagnement du mouvement associatif produisent des chiffres de participation, mais bien des jeunes disent ne pas connaître l’offre publique ou ne pas s’y retrouver. Les mots d’attractivité et de réponse aux aspirations des jeunes employés par le ministre visent directement ce décalage.
Le quatrième tient à la gouvernance et au suivi. La coordination entre l’administration centrale, les directions de wilaya, les offices et les collectivités, la circulation de l’information et la fiabilité des données conditionnent la qualité du service. L’insistance sur la numérisation et sur l’évaluation continue répond à cette faiblesse identifiée.
Ce que change une évaluation structurée
Jusqu’ici, le contrôle du secteur passait beaucoup par les visites de terrain, les rapports périodiques et les réunions de coordination. Ces outils demeurent utiles, mais ils donnent une vision ponctuelle : on visite un équipement, on relève une anomalie, on donne des instructions.
Une session d’évaluation structurée déplace le curseur. Elle place chaque direction face à ses propres résultats, dans un cadre formel où les cadres centraux et le directeur de wilaya travaillent sur les mêmes dossiers. Elle permet de comparer les wilayas, de repérer celles qui avancent et celles qui rencontrent des blocages, et de rapprocher les moyens mobilisés des résultats obtenus. Elle offre aussi au directeur local l’occasion de faire remonter des obstacles qui ne dépendent pas de lui, comme un retard de financement, un manque d’encadrement ou un litige foncier.
C’est ce double mouvement, responsabilisation vers le bas et soutien vers le haut, qui distingue une évaluation utile d’un simple contrôle. Si le dialogue est franc, l’exercice peut corriger des dysfonctionnements que les visites ponctuelles laissent passer. S’il devient un exercice de style, il ajoutera une réunion au calendrier sans rien changer aux pratiques.
Les conditions d’une réussite
Plusieurs conditions semblent déterminantes pour que ces sessions produisent des effets durables.
La première tient aux critères. Une évaluation crédible repose sur des indicateurs connus à l’avance, mesurables et identiques pour toutes les directions. Sans grille commune, les comparaisons deviennent impossibles et les appréciations subjectives. L’accent mis sur la numérisation des données va dans ce sens.
La deuxième est le suivi dans la durée. Les priorités arrêtées lors des sessions doivent se traduire par des engagements datés, dont l’exécution sera vérifiée lors des rencontres suivantes. C’est le sens de l’appel du ministre à une évaluation continue : une évaluation qui ne se vérifie pas d’une séance à l’autre perd vite son autorité.
La troisième est la distinction entre ce qui relève de la direction et ce qui lui échappe. Un directeur ne peut pas répondre d’un chantier bloqué par un financement extérieur au secteur comme il répond de l’animation de ses établissements ou de l’utilisation de ses moyens. Faire la part des choses est nécessaire pour que l’exercice soit perçu comme équitable.
La quatrième est l’ouverture aux bénéficiaires. Les jeunes, les clubs et les associations sont les premiers concernés par la qualité du service. Recueillir leur avis, par des enquêtes, des consultations locales ou des canaux numériques, donnerait à l’évaluation une légitimité que les seuls rapports administratifs ne suffisent pas à conférer.
La cinquième est la transparence. Rendre publics, dans la mesure du possible, les principaux enseignements, les priorités retenues et les avancées constatées renforcerait la confiance et la pression positive sur les directions.
Une démarche adossée à la stratégie d’autonomisation des jeunes
Le ministère inscrit explicitement ces sessions dans le cadre de la stratégie nationale d’autonomisation des jeunes. Le lien est logique : des maisons de jeunes actives, des équipements bien exploités et des programmes adaptés sont autant de leviers pour accompagner l’initiative, la formation, l’engagement associatif et l’insertion. Une direction de wilaya qui fonctionne bien facilite l’accès des jeunes à ces dispositifs. À l’inverse, des structures fermées ou peu animées les en éloignent.
L’évaluation de la performance des DJS peut ainsi être lue à deux niveaux. En interne, c’est un signal adressé aux cadres du secteur, invités à rendre des comptes et à mieux planifier. En externe, c’est un message aux jeunes et aux familles : l’administration entend mesurer ce qu’elle fait et corriger ce qui ne fonctionne pas.
Ce qu’il faudra observer
Trois éléments permettront de juger si l’exercice tient ses promesses. Le premier est son extension effective à l’ensemble des wilayas, avec un calendrier connu. Le deuxième est la nature des décisions qui en découleront : mesures correctrices, réaffectation de moyens, accélération de chantiers, accompagnement ou changement à la tête de certaines directions selon les résultats. Le troisième est la capacité du ministère à communiquer sur les enseignements de ces sessions, y compris lorsqu’ils sont moins flatteurs que prévu. Par Charef Slamani




























