Monorail d’Alger : Un projet aérien pour désengorger la capitale

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Le ministère algérien des Travaux publics et des Infrastructures a indiqué fin 2025 qu’il élaborait un plan stratégique pour améliorer la mobilité et réduire la congestion chronique dans la capitale, peuplée de plus de trois millions d’habitants. Ce plan prévoit des investissements majeurs comprenant l’extension des réseaux de tramway et de métro, l’achèvement de la gare centrale et de trois gares ferroviaires supplémentaires, le lancement de nouvelles lignes de téléphérique, ainsi que la construction de deux lignes de monorail.

L’origine du projet remonte au printemps 2023. À l’époque, le ministre de l’Intérieur, Brahim Merad, avait évoqué lors d’une visite dans la capitale l’idée d’un monorail reliant l’est à l’ouest d’Alger, en passant par des quartiers comme Saïd Hamdine et Ben Aknoun. L’idée a ensuite pris une dimension plus concrète en novembre 2024, lorsque l’entreprise chinoise China Railway Construction Corporation (CRCC) a présenté, à l’occasion du Salon international des travaux publics (SITP 2024) tenu au Palais des expositions des Pins Maritimes, une étude préliminaire pour un projet de monorail dédié à la capitale algérienne.

Un responsable de CRCC avait alors expliqué au micro d’un média local que l’entreprise, présente en Algérie depuis dix-sept ans, avait depuis longtemps identifié le besoin réel de désengorgement de la circulation à Alger, ce qui l’avait conduite à proposer ce projet aux autorités. Le représentant chinois avait également mis en avant l’expérience du groupe dans la réalisation de projets similaires en Chine et dans d’autres pays, soulignant que le transport constituait le cœur de métier de l’entreprise, ainsi que les avantages techniques d’une infrastructure aérienne, qui permet de superposer un nouvel axe de circulation sans occuper d’espace au sol supplémentaire.

Deux lignes, 67 kilomètres, une gare multimodale centrale

Les contours techniques du projet se sont précisés au fil des interventions officielles. En février 2025, Rachid Ouazzane, PDG du Groupe de transport routier des voyageurs (Transtev), avait dévoilé, sur le plateau de la chaîne Echorouk News, de nouveaux détails concernant le tracé. Selon lui, le monorail d’Alger devait être réalisé sur deux lignes principales : une première reliant la Safex à Sidi Abdallah, et une seconde partant d’Oued Smar jusqu’à Birtouta. Il avait précisé que la première ligne démarrerait de la Safex, aux Pins Maritimes, jusqu’à Sidi Abdallah, tandis que la seconde ligne partirait d’Oued Smar jusqu’à Birtouta, les deux lignes se croisant au niveau de la gare multimodale de Bir Mourad Raïs, alors en cours de réalisation.

Ce tracé a depuis été confirmé et affiné par plusieurs sources. Le réseau de 67 km doit comprendre deux lignes principales : la première, entre le Palais des Expositions et Sidi Abdellah, traversant plusieurs quartiers résidentiels ; la seconde, entre Baraki et Bir Touta, via El Kalitous, Oued Smar et Bir Mourad Raïs. D’autres publications évoquent un itinéraire structuré autour de deux axes stratégiques, une ligne 1 reliant le Palais des Expositions (Safex) à Sidi Abdallah, les deux axes étant interconnectés au niveau de la future gare multimodale de Bir Mourad Raïs, ce qui doit faciliter les correspondances avec le métro et le tramway.

Sur le plan du tracé urbain, le monorail doit traverser des quartiers clés d’Alger à fort enjeu économique et démographique, tels que Saïd Hamdine, Ben Aknoun et Sidi Abdallah. Le choix de ces communes n’est pas anodin : elles concentrent une part importante des déplacements pendulaires domicile-travail qui engorgent quotidiennement le réseau routier de la capitale.

Sur le plan technique, le projet mise sur la sobriété de l’emprise au sol. Le principe retenu reste celui d’un train électrique léger, circulant sur une voie unique surélevée, avec peu d’emprise au sol, moins de contraintes techniques, et une intégration possible avec les réseaux existants. Cette caractéristique constitue l’un des principaux arguments avancés par ses promoteurs : contrairement à une ligne de métro classique, qui nécessite de lourds travaux souterrains, ou à une nouvelle route de surface, qui impose des expropriations, le monorail aérien permettrait de limiter les nuisances et les procédures foncières. La réalisation du projet pourrait ainsi ne pas prendre beaucoup de temps, dans la mesure où l’option aérienne serait priorisée, ce qui implique moins de procédures d’expropriation et donc de démolition.

Un calendrier resserré : trois ans de travaux annoncés

Concernant les délais, les déclarations des responsables du secteur des transports restent optimistes. Selon Rachid Ouazzane, les travaux de réalisation de cette infrastructure devraient s’étaler sur trois ans. Une fois achevé et mis en service, le monorail d’Alger constituerait, selon ses propres termes, une solution durable pour fluidifier les déplacements dans les zones à forte densité, même si aucune date précise de lancement des travaux n’a été communiquée à ce jour.

De l’étude préliminaire au contrat d’exécution

Le dossier a connu une accélération notable au tournant de l’année 2026. Selon le quotidien arabophone El Khabar, cité par plusieurs médias algériens, l’étude du projet, confiée à CRCC, serait désormais achevée. L’étude du projet du monorail d’Alger, moyen de transport censé renforcer le dispositif actuel centré autour du tramway et du métro, assurée par CRCC, serait achevée, et la signature du contrat d’exécution avec l’entreprise ou le groupement chargé de la réalisation devrait être annoncée prochainement. Ces informations n’ont toutefois pas encore été confirmées officiellement par les autorités algériennes.

Une réunion s’est tenue le 4 octobre 2025 autour de ce dossier entre le ministère des Transports et la wilaya d’Alger. De son côté, l’agence de presse britannique spécialisée AGBI rapportait, en janvier 2026, que l’Algérie s’apprêtait à attribuer prochainement ce projet d’envergure après l’achèvement des études techniques, CRCC ayant finalisé les études de faisabilité et techniques et travaillant avec le ministère des Transports pour lancer le plan. Le même article précisait cependant que les autorités n’avaient pas encore dévoilé les options de financement ni le tracé définitif des lignes.

Ce contraste entre les annonces successives et la prudence officielle illustre bien la nature encore incertaine du calendrier réel du projet. Depuis l’idée émise en 2023 jusqu’aux dernières déclarations de janvier 2026, le dossier a connu plusieurs cycles de communication sans qu’un acte formel — appel d’offres, signature de contrat, pose de première pierre — n’ait été rendu public.

Un maillon d’une stratégie plus large de transformation urbaine

Le monorail ne constitue qu’un élément d’un ensemble plus vaste de projets destinés à moderniser le visage de la capitale algérienne. Aux côtés du monorail, les autorités envisagent notamment une extension sur la mer et la création de balcons sur la Méditerranée, dans le cadre d’une volonté affichée de rendre à Alger sa splendeur. Ce chantier de modernisation urbaine, porté au plus haut niveau de l’État, s’inscrit dans une logique de mise en valeur du front de mer et d’amélioration du cadre de vie, en complément des efforts consacrés à la mobilité.

Sur le strict plan des transports, le monorail doit s’articuler avec les infrastructures déjà en service ou en construction. La gare multimodale de Bir Mourad Raïs, point de jonction prévu entre les deux lignes du monorail, doit également permettre les correspondances avec le métro et le tramway, dans une logique d’intégration du réseau. Le métro d’Alger, dont l’extension vers l’aéroport doit être réceptionnée au premier trimestre 2026, poursuit en parallèle sa montée en puissance, avec un taux d’avancement des travaux de génie civil qui dépasse déjà les 70 %.

Selon certaines analyses relayées par la presse locale, le projet s’inscrirait dans un « plan jaune » de transport urbain plus large, associant métro, tramway et réseau routier, avec un objectif affiché de moderniser Alger et de renforcer son attractivité économique et touristique à l’horizon 2035. Des spécialistes du transport cités par la presse estiment que le monorail pourrait réellement améliorer la qualité de vie des Algérois, à condition de desservir les bons axes ; certains évoquent d’ores et déjà l’aménagement de stations équipées de parkings relais, notamment à Bir Touta ou à Bab Ezzouar, afin de permettre aux automobilistes de laisser leur véhicule en périphérie de la ville avant de poursuivre leur trajet en transport en commun.

Des questions encore en suspens

Si l’enthousiasme officiel autour du projet ne se dément pas, plusieurs zones d’ombre subsistent. Le financement du projet, élément central pour tout chantier d’infrastructure de cette ampleur, n’a pas été détaillé publiquement. Les modalités précises du partenariat avec CRCC — société publique chinoise déjà engagée en Algérie sur plusieurs grands chantiers ferroviaires, notamment la ligne minière à écartement lourd reliant le gisement de fer de Gara Djebilet au réseau national — restent également à préciser, qu’il s’agisse d’un simple contrat de réalisation ou d’un montage plus large incluant maintenance et exploitation.

La comparaison avec d’autres projets de monorail dans la région peut nourrir un début de réflexion sur les défis à anticiper. Au Caire, la mise en service récente d’une ligne de 56,5 km à 22 stations, après plusieurs années de retard liées à des contraintes foncières, techniques et à des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, rappelle que ce type d’infrastructure, bien que présenté comme rapide à construire, n’est pas exempt d’aléas.

Pour Alger, l’enjeu sera aussi de veiller à la bonne articulation entre le nouveau système et les réseaux existants, afin d’éviter que le monorail ne devienne un simple doublon plutôt qu’un véritable complément du maillage urbain. Le choix des stations, la tarification, l’accessibilité aux quartiers périphériques et la capacité du réseau électrique national à absorber une nouvelle infrastructure de transport électrique figurent parmi les points qui devront être tranchés dans les prochains mois.

Ce qu’il faut retenir

Le monorail d’Alger, longtemps resté à l’état d’annonce, semble aujourd’hui s’inscrire dans une trajectoire plus concrète : études techniques réalisées avec le concours de CRCC, tracé de 67 km réparti sur deux lignes reliant la Safex à Sidi Abdallah d’une part, et Oued Smar-Baraki à Bir Touta d’autre part, interconnexion prévue au niveau de la future gare multimodale de Bir Mourad Raïs, et délai de réalisation annoncé de trois ans une fois les travaux lancés. Reste que la signature effective du contrat d’exécution, le calendrier précis de démarrage des travaux et les modalités de financement demeurent, à ce jour, sans confirmation officielle définitive. Par Charef Slamani

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