Mostaganem : Sidi Hamadouche, une mémoire discrète entre El Arsa et El Matmar

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À Mostaganem, entre les quartiers d’El Arsa et d’El Matmar, non loin du mausolée de Sidi Abdellah Boukabrine, se trouve un ancien lieu de recueillement connu sous le nom de Sidi Hamadouche. Bien plus qu’un simple édifice religieux, ce mausolée fait partie de ces lieux discrets qui ont accompagné pendant des générations la vie quotidienne des habitants et qui restent profondément associés à la mémoire des anciens quartiers de la ville. Installé dans un secteur aujourd’hui largement urbanisé, le mausolée conserve une présence particulière dans le paysage local. Sa simplicité contraste avec l’importance qu’il a longtemps eue dans les habitudes des riverains. Pendant de nombreuses années, les habitants des quartiers voisins avaient l’habitude de s’y rendre quotidiennement, dans un geste devenu presque naturel au fil du temps. Certains venaient pour se recueillir et prier, d’autres simplement pour marquer leur attachement à ce lieu transmis par la mémoire des générations précédentes. La mémoire populaire conserve également le souvenir d’un autre lieu de recueillement qui se trouvait autrefois juste en face du mausolée de Sidi Hamadouche. Selon les récits transmis par les anciens habitants, une petite « hawita », construite en pierres et entourée d’un espace délimité, existait à cet endroit. Les femmes habitant à proximité avaient l’habitude de s’y rendre et ce lieu était connu, dans la mémoire locale, sous le nom de « Sidi Khalfi ». D’après ces mêmes récits, des femmes venaient y allumer des chandelles, dans le cadre de pratiques de recueillement qui appartenaient aux traditions populaires de l’époque. Elles se rendaient également au mausolée de Sidi Hamadouche, où elles déposaient et allumaient aussi des chandelles. Ces gestes, aujourd’hui beaucoup moins présents, témoignent d’une forme de religiosité populaire et de traditions locales qui se transmettaient autrefois de génération en génération. Un autre récit transmis par les anciens associe directement Sidi Hamadouche à l’ancien environnement du palais de Bey Bouchlaghem. Selon cette tradition orale, Sidi Hamadouche aurait été enterré en face du palais de Bey Bouchlaghem, non loin à l’endroit même où se trouve aujourd’hui le mausolée. Ces récits donnent au mausolée une dimension supplémentaire. Derrière le petit édifice religieux se dessine toute une histoire faite de souvenirs, de pratiques de recueillement et de traditions autrefois bien présentes dans la vie quotidienne des habitants. Avec le temps, les transformations urbaines ont profondément modifié cet environnement. Les anciennes constructions, les nouvelles habitations et l’extension progressive de la ville ont fait disparaître plusieurs des traces matérielles qui permettaient autrefois de reconnaître ces lieux. Pour mieux comprendre la place de Sidi Hamadouche dans son environnement, il faut également se replonger dans le paysage ancien de ce secteur. À l’époque coloniale, juste en face du mausolée se trouvait une porte connue sous le nom de « Bab El Arsa ». Cette ancienne porte constituait alors l’un des repères de cette partie de la ville. Aux alentours du mausolée et de Bab El Arsa, l’espace était encore largement constitué de terrains nus, notamment en direction de l’oued Aïn Sefra. Le paysage était alors bien différent de celui d’aujourd’hui, avec une urbanisation encore limitée et de vastes espaces ouverts qui entouraient les quelques constructions existantes. Parmi les édifices présents dans ce secteur figuraient notamment les constructions connues sous le nom de « la cité Caïd M’hamed ». À proximité du mausolée se trouvait également une caserne appelée localement «Le Génie », qui servait de dortoir aux officiers de l’armée française durant la période coloniale. À la hauteur de cette ancienne caserne se dressait le Fort de l’Est, également connu sous le nom de Bordj El-Turcs, une fortification remontant à la période ottomane. La présence de cet ouvrage militaire rappelle l’importance stratégique qu’a représentée Mostaganem au cours de son histoire. Le mausolée, lui, a traversé ces changements et demeure l’un des témoins silencieux de cette évolution. Au fil des décennies, le visage du quartier s’est progressivement modifié. Les espaces autrefois ouverts ont été gagnés par l’urbanisation, les anciennes installations ont changé ou disparu et de nouvelles constructions sont venus transformer le paysage. Pourtant, Sidi Hamadouche a conservé sa place dans la mémoire des habitants, même si les pratiques autour du lieu ont elles aussi évolué. Aujourd’hui, l’ancien mausolée accueille une petite salle de prière, une « Mousalla », qui lui donne une nouvelle vocation religieuse. Cette transformation a permis au lieu de continuer à vivre, mais son aspect et son rôle ne sont plus tout à fait ceux que les anciens ont connus. La fréquentation a notamment diminué. Le calme qui entoure le lieu contraste avec les souvenirs rapportés par les anciens, qui évoquent un mausolée davantage animé par les passages réguliers des habitants des quartiers voisins. Cette évolution ne signifie pas pour autant que Sidi Hamadouche a perdu toute sa valeur. Au contraire, son importance réside désormais aussi dans la mémoire qu’il conserve. Le mausolée demeure ainsi un témoin discret d’une histoire locale qui mérite d’être racontée et préservée.

Par Tayeb Bey Abdelkader

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