Les objectifs principaux de la 8e Réunion Algérie – Espagne : Pour l’approfondissement des relations politiques, économiques et sécuritaires

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Par Dr Abderrahmane Mebtoul 

Professeur des universités, expert international

L’Algérie entend consolider la nouvelle dynamique engagée avec l’Espagne et élargir les perspectives de son partenariat avec Madrid.  Rappelons  que marquant  une étape clé pour apaiser les tensions diplomatiques survenues en mars 2022, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a effectué  une visite officielle à Alger le 20 juillet 2026, accompagné d’une importante délégation dont d’importants dirigeants des principales entreprises énergétiques espagnoles dont .le président de Naturgy, Francisco Reynés ; le directeur général de Moeve, Maarten Wetselaar ; le directeur général de Repsol, Josu Jon Imaz ; et le directeur général d’Enagás, Arturo Gonzalo  s’étant s’entretenu avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, où ont été  abordés des sujets sensibles à la fois économiques, dont la crise énergétique du fait des tensions au Moyen-Orient, le problème des flux migratoires, et sécuritaires, notamment les tensions  au Sahel.

  1. Situation économique de l’Espagne

L’Espagne est située au sud-ouest de l’Europe, occupant 82 % de la péninsule Ibérique qu’elle partage avec le Portugal, ses frontières terrestres bordant la France et Andorre au nord, le Royaume-Uni (à Gibraltar) au sud, et l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, le détroit de Gibraltar la séparant de l’Afrique. L’Espagne a une superficie totale d’environ 506 000 km², ce qui en fait le deuxième plus grand pays d’Europe occidentale et le quatrième d’Europe, se composant ainsi : le territoire péninsulaire, environ 493 514 km² ; les archipels, 4 992 km² pour les îles Baléares et 7 492 km² pour les îles Canaries ; et Ceuta et Melilla, 32 km² d’enclaves situées en Afrique du Nord.  La population de l’Espagne en 2025 est estimée à environ 49,4 millions d’habitants. Cette démographie est en hausse, soutenue par l’immigration, bien que le pays connaisse un vieillissement de sa population avec un accroissement naturel négatif (plus de décès que de naissances), ce qui explique la décision récente de faire appel à l’immigration par la régularisation des sans-papiers, dont une fraction d’Algériens, pour soutenir la croissance. Le PIB de l’Espagne a connu des fluctuations majeures de 2000 à 2025, passant, au cours moyen de 1 euro pour environ 1,17 dollar, de 647 milliards d’euros (près de 598 milliards de dollars) en 2000 à 1 900 milliards de dollars (environ 1 687 milliards d’euros), l’économie espagnole affichant  une croissance remarquable, avec un PIB en hausse de 2,8 % en 2025, et pour 2026 des prévisions à la hausse, prévoyant 2,6 %, surpassant nettement les autres grandes puissances de la zone euro.  La balance commerciale de l’Espagne a enregistré un déficit de 57,05 milliards d’euros en 2025. Malgré des exportations de marchandises record ayant atteint 387,1 milliards d’euros, les importations ont progressé plus rapidement (+4,6 %) pour s’établir à 444,1 milliards d’euros, portant le déficit à la hausse par rapport à l’année 2024. Ce déficit est principalement tiré par les échanges avec la Chine (déficit bilatéral de 42,3 milliards d’euros). Toutefois, l’indicateur le plus pertinent étant la balance des paiements, incluant le mouvement des services et des capitaux, en 2025 la balance des paiements de l’Espagne a enregistré l’un des excédents courants les plus élevés de son histoire, représentant environ 4,2 % du PIB ; cet équilibre solide est porté par le secteur touristique et des exportations de services à forte valeur ajoutée (technologies, finance).   Cette situation du cadre économique permet au pays de dégager d’importantes marges de manœuvre macroéconomiques. Le taux de chômage moyen pour 2025 s’est établi à environ 10,7 %, clôturant l’année (au quatrième trimestre) à 9,93 %, un seuil symbolique sous la barre des 10 % franchi pour la première fois en 17 ans. Le taux d’inflation global pour l’année s’est situé autour de 2,7 %. Les réserves d’or de la Banque d’Espagne ont atteint une valeur record de près de 94 milliards d’euros, soutenues par une réévaluation historique du métal précieux. Le pays détient environ 281 tonnes d’or, ce qui constitue un atout majeur pour ses réserves de change globales, qui approchent les 100 milliards d’euros. Les principaux partenaires commerciaux de l’Espagne sont dominés par ses voisins européens. La France et l’Allemagne se positionnent comme les deux premiers clients et fournisseurs. L’Italie, le Portugal, le Royaume-Uni et la Chine jouent également un rôle majeur dans les flux d’import-export espagnols. Hors Union européenne, l’Espagne enregistre une forte dynamique de ses échanges avec l’Afrique du Nord (le Maroc et l’Algérie) et les États-Unis, où, en 2025, malgré les tensions diplomatiques, le commerce bilatéral de marchandises entre l’Espagne et les États-Unis a dépassé 47 milliards de dollars (environ 44 milliards d’euros). Les exportations américaines vers l’Espagne s’élevaient à environ 26 milliards de dollars, tandis que les États-Unis ont importé pour près de 21 milliards de dollars de produits espagnols. La France est le premier partenaire commercial, avec environ 15 % des exportations espagnoles, suivie de l’Allemagne, second fournisseur majeur de l’Espagne, représentant environ 10 % des parts de marché, puis de l’Italie et du Portugal, avec respectivement environ 8,3 % et 8 % du commerce espagnol.

  1. Relations Algérie-Espagne

Le nombre de ressortissants algériens officiellement installés en Espagne avec un titre de séjour en cours de validité est estimé à environ 65 000 à 75 000 personnes ; mais en intégrant les résidents non enregistrés, certaines estimations officieuses et universitaires avancent des chiffres allant jusqu’à près de 300 000 personnes, celles-ci s’étant principalement implantées dans des villes côtières et des centres urbains, avec de fortes concentrations à Alicante, Barcelone et Saragosse.  La crise algéro-espagnole a eu un impact négatif sur les exportations espagnoles vers l’Algérie, qui ont atteint un montant dérisoire d’environ 380 millions de dollars, mais elle a également causé des ruptures d’approvisionnement pour l’Algérie, notamment dans l’agriculture et l’agroalimentaire, les composants industriels, les produits chimiques et pharmaceutiques. Cette situation a largement profité au Maroc, où, en 2025, les exportations espagnoles se sont élevées à environ 14,1 milliards de dollars et les exportations marocaines vers l’Espagne à 11,7 milliards de dollars. Il y a une nette reprise en 2025, où l’Espagne représente environ 7 % du stock total des investissements directs étrangers (IDE) ; cette position est soutenue par plus d’une centaine d’entreprises espagnoles implantées dans le pays, particulièrement dans les secteurs de l’énergie, de l’agroalimentaire et de l’industrie, opérant sur le marché algérien. Le volume global des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne a atteint environ 8,5 milliards d’euros, soit près de 10 milliards de dollars, les exportations algériennes vers l’Espagne s’étant élevées à 6,3 milliards d’euros et les exportations espagnoles à 2,2 milliards de dollars. L’interdépendance énergétique constitue l’épine dorsale des relations Espagne-Algérie, les approvisionnements étant principalement assurés par le gazoduc Medgaz, d’une capacité de 10,5 milliards de mètres cubes gazeux, et ce malgré les tensions politiques passées.  Aussi, c’est autour de l’énergie que l’Algérie et l’Espagne ont consolidé leur partenariat, l’Algérie étant redevenue en 2025 le premier fournisseur de gaz de l’Espagne. Les relations entre Sonatrach et Naturgy constituent l’axe fondamental des approvisionnements gaziers de l’Espagne. Les deux groupes sont liés par des contrats de long terme (jusqu’en 2030) portant sur environ 5 milliards de mètres cubes par an, et sont associés dans le gazoduc Medgaz, qui relie directement l’Algérie à l’Espagne. La relation entre la compagnie algérienne et le géant énergétique espagnol repose sur deux piliers, premièrement stratégiques, dont les  contrats d’approvisionnement, Naturgy (premier client gazier espagnol) s’appuyant  sur l’Algérie pour sécuriser près de la moitié de sa capacité. Les volumes et les prix sont régulièrement réajustés, et des discussions récentes ont permis d’explorer de nouvelles pistes de coopération et deuxièmement sur le   gazoduc Medgaz : les deux sociétés étant  partenaires dans l’exploitation du gazoduc reliant Béni-Saf à Almería, Sonatrach détenant 51 % du capital et Naturgy . Sonatrach détenant   une participation d’environ 4 % dans le capital de Naturgy, ce qui consolide leur alliance stratégique et industrielle. Malgré les tensions politiques passées, l’Algérie a continué d’honorer ses contrats de manière constante via les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) et par gazoduc, le lien énergétique étant demeuré le ciment qui a empêché toute rupture totale entre les deux pays lors des récentes crises diplomatiques.  Mais soyons réalistes : hormis l’énergie, les échanges entre l’Espagne et l’Algérie sont loin des potentialités, même s’il faut tenir compte de l’effet inducteur, à travers le circuit économique espagnol, de l’énergie. Le PIB de l’Algérie était évalué à 286 milliards de dollars en 2025 et celui de l’Espagne à 1 900 milliards de dollars (au cours euro-dollar de 1,17, moyenne 2025), soit 15 %. Sur un montant des échanges Algérie-Espagne d’environ 10 milliards de dollars, pour un total d’importations et d’exportations espagnoles d’environ 975 milliards de dollars, cela représente 1,02 % des échanges globaux de l’Espagne.   Actuellement, les deux pays explorent des opportunités au-delà du gaz, avec des perspectives de collaboration élargies dans les domaines des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert, sans compter d’autres filières de services, dont les nouvelles technologies, le BTPH, et les segments agricoles et industriels.

3.-En conclusion, consolider les relations Algérie-Espagne

Les objectifs  principaux de la VIIIe Réunion Algérie Espagne s’articulent autour  de cinq axes directeurs

-Le renforcement  politique : consolider le dialogue politique bilatéral et réaffirmer le plein respect du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération.

La coopération énergétique : pérenniser et sécuriser les approvisionnements en gaz naturel, l’Algérie étant un fournisseur clé pour l’Espagne.

-Le partenariat économique et investissements : encourager l’investissement productif en Algérie en s’appuyant sur la nouvelle loi sur l’investissement et dynamiser les échanges commerciaux.

-Les secteurs stratégiques : élargir la coopération bilatérale à l’industrie, aux infrastructures, aux transports, aux énergies renouvelables et à la technologie.

-Les dossiers régionaux : Harmoniser les vues sur les questions méditerranéennes, africaines et régionales, ainsi que sur les relations globales avec l’Union européenne

Selon nos informations, malgré quelques incertitudes sur sa tenue, suite à la convocation d’élections anticipées en Espagne, le  quotidien The Objective,  ayant affirmé  que l’’exécutif espagnol aurait décidé de reporter la VIIIe Réunion de haut niveau qui devait rassembler Abdelmadjid Tebboune et Pedro Sánchez dans la capitale espagnole les 20 et 21 octobre et qu’aucune date de substitution n’a été avancée, les diplomates algériens et espagnols poursuivent les préparatifs d’une rencontre de haut niveau fin octobre dans la capitale ibérique.   Cependant pour éviter  des  informations  biaisées  cette réunion de haut niveau avec l’Algérie, prévue à Madrid  ne doit pas faire diversion afin de nuire aux bonnes  relations entre  l’Algérie   et   l’Espagne, car selon plusieurs sources   « on ne reporte pas une visite qui n’a jamais été prévue et qui ne figure pas du tout dans l’agenda du président Tebboune pour une visite en Espagne ».  Sur le plan institutionnel et organisationnel, ce sommet est traditionnellement dirigé par les chefs de gouvernement et cette réunion a de tout temps été présidée par les premiers ministres des deux pays et ce sera le cas pour cette huitième réunion.  Espérons entre Alger et Madrid une nouvelle dynamique stratégique, à la fois économique et sécuritaire, afin de faire des espaces euro-méditerranéen et euro-africain un lac de paix et de prospérité partagée, l’Algérie et l’Espagne ayant une longue histoire de cohabitation commune.

 

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