‘’Mendicité’’ des candidats pour les élections locales : Les partis à bout de souffle au moment de déposer les listes

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Faute de candidats, la plupart des formations ont réduit leur ambition au strict nécessaire. La date butoir du dépôt, fixée au jeudi 8 octobre à minuit, a refermé trois semaines de recherche fébrile.

Le décompte prend fin jeudi soir. Dans les coordinations de wilaya de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), les derniers dossiers des partis sont arrivés par à-coups, certains portés à la main par des responsables épuisés. Sur le papier, la machine électorale est en marche pour le samedi 28 novembre, date à laquelle les Algériens sont appelés à renouveler leurs Assemblées populaires communales (APC) et de wilaya (APW). Dans les faits, les partis ont vécu l’exercice le plus laborieux de leur histoire récente : non pas gagner des voix, mais simplement trouver des noms.

Une pénurie inédite

Pendant des décennies, la confection des listes locales fut pour les partis un casse-tête d’un autre genre : il fallait départager des prétendants trop nombreux, calmer les rancœurs, arbitrer entre notables et militants. Cette fois, le problème s’est inversé. Selon la presse nationale, la plupart des formations ont buté sur un phénomène qu’elles n’avaient jamais connu à cette échelle : la désaffection des candidats eux-mêmes.

Le quotidien Le Jeune Indépendant y voit une réalité nouvelle dans l’histoire électorale du pays. Après la hantise de l’abstention des électeurs, c’est désormais le refus de se présenter qui empoisonne les directions partisanes. Le journal note que seuls les grands appareils traditionnels, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), ont réussi à attirer une frange appréciable de candidats. Les autres, du plus petit au plus structuré, ont dû composer avec une pénurie qui s’est révélée plus aiguë encore dans les communes peu peuplées ou enclavées.

À une semaine de l’échéance, Maghreb Émergent décrivait des sièges de partis qui ne bruissaient plus seulement des préparatifs de campagne, mais d’appels à candidatures. Le FLN lui-même a vu certaines de ses structures locales, comme la mouhafadha de Sidi Boubekeur, à Saïda, publier des invitations sur les réseaux sociaux. D’autres formations ont multiplié annonces et dispositifs électroniques pour recueillir des profils. Recruter en ligne n’a rien de honteux, observe le site, mais quand cela devient la condition pour remplir une liste, cela en dit long sur l’état des organisations.

L’ombre des législatives

Pour comprendre la prudence des candidats potentiels, il faut remonter au 2 juillet, jour des législatives. Le filtrage des candidatures y avait été d’une sévérité qui a marqué les esprits : sur 10 168 dossiers traités à l’intérieur du pays, l’ANIE en avait retenu 6 994 et rejeté 3 174, soit près d’un sur trois. Des dizaines de députés sortants figuraient parmi les écartés, selon El Khabar, et les partis avaient dû en urgence remplacer les candidatures invalidées avant la date limite du 6 juin.

Plusieurs formations avaient réclamé depuis davantage de transparence. En septembre, le Front de la justice et du développement et le RCD ont demandé que les exclusions s’appuient sur des dispositions légales explicites, motivées et susceptibles de recours effectif.

Pour un citoyen que l’on sollicite en quelques jours, le calcul est vite fait. Se porter candidat, c’est s’exposer à un contrôle minutieux de son dossier, avec le risque d’un rejet public qui peut peser sur une carrière professionnelle. Selon les responsables politiques cités par Le Jeune Indépendant, de nombreux ambitieux potentiels ont préféré renoncer pour éviter ce risque. Les articles 184 et 200 de la loi électorale reviennent systématiquement dans leurs explications.

Les partis, eux, ont retenu la leçon. Une liste péniblement montée peut s’effondrer si un ou deux noms sont invalidés, et remplacer un candidat à quelques jours de la clôture est presque impossible dans une commune où le vivier est déjà maigre.

Le poids de la défiance

Les chiffres de participation des législatives, 21,24 % à l’intérieur du pays et 10,75 % pour la communauté établie à l’étranger selon l’ANIE, disent l’ampleur du fossé entre l’offre partisane et une large part de la société. Convaincre un électeur de voter est une chose, résume Maghreb Émergent ; convaincre un citoyen de devenir acteur de la compétition en est une autre.

La crainte de la responsabilité reste la cause implicite de cette défiance. Les affaires de corruption qui ont touché élus et responsables ces dernières années ont terni l’image du mandat local, de plus en plus perçu comme une charge exposée sur les plans politique, administratif et judiciaire. Un maire ou un élu communal signe, décide, répond de ses actes. Beaucoup de profils compétents, qui feraient d’excellents candidats, n’ont aucune envie de s’y risquer pour une indemnité modeste et un risque élevé.

La débrouille comme méthode

Face à ce désert, les partis ont improvisé. Deux stratégies dominent, selon la presse.

La première consiste à se replier sur les anciens élus et les visages déjà connus. Les listes qui arrivent aux coordinations de l’ANIE portent donc souvent de vieilles figures, tandis que la recherche de jeunes talents est, pour reprendre l’expression du Jeune Indépendant, renvoyée aux calendes grecques. C’est la plus cruelle ironie du dispositif : la loi voulait injecter du sang neuf, elle ramène par défaut les mêmes têtes.

La seconde est le jumelage local. Des partis ont conclu des alliances de circonscription, regroupant deux ou trois sigles sur une même liste, ce qui permet de mutualiser les candidats et d’éviter de chercher chacun de son côté des volontaires hésitants. Le cadre juridique s’y prête : les formations ayant dépassé 4 % des suffrages exprimés lors des dernières locales dans une circonscription peuvent présenter une liste autonome, et un parti en dessous de ce seuil peut s’allier à d’autres pour l’atteindre. Les autres, ainsi que les partis qui se présentent pour la première fois, doivent déposer une liste indépendante ou recueillir 35 signatures d’électeurs par siège à pourvoir. Dans les wilayas nouvellement créées, les listes sont dispensées de cette condition de signatures si elles remplissent l’un des critères de représentativité fixés par le texte.

Reste un détail administratif sur lequel l’ANIE a insisté dans les derniers jours : chaque dossier doit être accompagné d’une attestation de parrainage du ou des partis, mandatant le représentant de la liste pour le déposer. Une précision qui, à quelques heures de la clôture, a ajouté de la tension à des équipes déjà sous pression.

Un paysage à deux vitesses

Au niveau national, le MSP a lui-même évoqué le risque de ne pas pouvoir aligner de listes dans certaines communes. Le RND, à l’inverse, a affirmé pouvoir surmonter les contraintes et vise une couverture proche de l’ensemble du territoire. Entre ces deux pôles, la masse des partis moyens et petits arbitre froidement : mieux vaut déposer peu de listes solides que beaucoup de listes fragiles.

C’est là le cœur du constat. Pour la plupart des formations, l’objectif de cette campagne n’est plus de conquérir des assemblées, mais de ne pas disparaître de la carte. Se contenter du minimum de listes, c’est préserver une présence symbolique dans les circonscriptions où l’on a un ancrage réel, tout en renonçant discrètement aux autres. Les observateurs cités par la presse prévoyaient d’ailleurs que beaucoup de partis réviseraient à la baisse leur couverture territoriale. Les chiffres définitifs de couverture, parti par parti, ne seront connus qu’après l’examen des dossiers par l’ANIE.

Ce que révèle la crise des candidatures

Il serait facile de réduire l’épisode à un accident de calendrier ou à des règles trop contraignantes. Ces règles pèsent, c’est certain, et leur durcissement a des effets que ses promoteurs n’avaient peut-être pas mesurés. Mais le problème est plus profond. Une relève politique ne s’improvise pas en trois semaines : elle se forme par l’adhésion, le militantisme, l’apprentissage de la gestion publique et la prise progressive de responsabilités. Or les mécanismes de transmission sont faibles depuis longtemps dans les partis algériens, et le Hirak, puis la défiance qui l’a suivi, ont achevé d’éloigner une génération des appareils.

On demande donc aux partis de présenter une jeunesse qu’ils n’ont pas formée, dans une société qui ne leur fait plus confiance. Le paradoxe est cruel : les formations cherchent à l’extérieur la relève qu’elles n’ont pas préparée à l’intérieur.

Le même constat s’applique aux électeurs. Si les listes sont difficiles à remplir, c’est aussi parce que la campagne s’annonce sans enjeu mobilisateur pour une partie de la population. Le RCD s’était déjà inquiété du désintérêt des citoyens pour les candidatures. À l’approche d’un scrutin local où se jouent pourtant des questions très concrètes, comme l’eau, la voirie, le logement ou l’emploi de proximité, la politique partisane semble peiner à parler à ceux qu’elle sollicite.

Et maintenant ?

Une nouvelle étape s’ouvre : l’examen des dossiers par l’ANIE. Les partis le redoutent, après les rejets massifs de juillet. Chaque candidature écartée obligera à remplacer un nom dans des communes où il n’y a, souvent, personne d’autre. Les semaines à venir diront combien de listes survivront au filtrage, et dans combien de communes la compétition sera réelle, avec plusieurs listes en concurrence, plutôt que théorique.

La campagne elle-même ne devrait pas bouleverser la donne. Faute de moyens humains, beaucoup de partis la mèneront à l’économie, privilégiant les réseaux sociaux et les relais personnels des têtes de liste, souvent des notables locaux dont l’influence compte davantage que le sigle. Les indépendants, nombreux dans certaines wilayas, pourraient tirer profit du désamour envers les étiquettes.

Pour les partis, l’enjeu dépasse le 28 novembre. Ils savent que la crise des candidatures est un symptôme, et que seule une reconstruction patiente de leur ancrage, loin des échéances électorales, pourrait la résorber. Beaucoup n’ont ni les moyens ni, à vrai dire, la volonté de s’y atteler. Cette nuit, la plupart ont rendu leurs dossiers dans l’urgence, soulagés d’avoir franchi la première marche. Pour plusieurs d’entre eux, comme l’écrivait Maghreb Émergent, la première bataille consistait simplement à parvenir jusqu’aux urnes.

Par Charef Slamani

 

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