Mostaganem : De l’Avenue Raynal à la rue Cherik Saïd : l’histoire d’un quartier

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C’est un trait d’union suspendu entre la mémoire coloniale et le dynamisme de la jeunesse mostaganémoise.  Pour les habitants de la cité des « Mille et une Vierges », l’avenue Raynal rebaptisée avenue Cherik Saïd après l’indépendance reste avant tout « La Raynal ». Célèbre pour ses escaliers monumentaux qui serpentent à flanc de colline, cette artère emblématique continue de captiver ceux qui la traversent, entre nostalgie du passé et urgence de préservation.

Selon les informations historiques disponibles, cette avenue aurait d’abord porté le nom d’« Avenue de la Marine », en raison de sa proximité avec le port et de l’importance des activités maritimes dans le développement de Mostaganem. À l’époque coloniale, plusieurs voies de la ville ont été baptisées en référence à des personnalités françaises ou à des événements particuliers. D’après les informations rapportées dans l’ouvrage (Le Vieux Mostaganem, attribué à E Vernaz), ainsi que dans les documents municipaux de l’époque, le nom d’« Avenue Raynal » aurait été adopté le 18 mars 1885, en hommage à David Raynal (1840_ 1903) figure politique de l’époque, ministre français des Travaux publics. Celui-ci aurait été associé au projet de construction de la ligne ferroviaire reliant Mostaganem à Tiaret, ce qui aurait motivé cette dénomination. À Mostaganem, cette avenue n’était pas une simple voie de circulation : elle constituait un défi architectural destiné à relier les quartiers bas aux hauteurs de la ville. Ses escaliers interminables, bordés d’habitations à l’architecture typique du XIXe siècle, sont devenus le décor quotidien de générations de Mostaganémois.. Durant la période coloniale, l’avenue Raynal faisait partie des secteurs développés autour du centre administratif et résidentiel européen. Les études consacrées à l’évolution urbaine de Mostaganem évoquent l’organisation de cet espace, notamment autour des quartiers de la Pépinière, de la Cité Auscher et de Beymouth, à proximité des anciens quartiers traditionnels du Derb et de Tigditt. Selon les souvenirs transmis par les habitants, l’avenue Raynal était notamment habitée par de nombreuses familles françaises et se distinguait par son caractère résidentiel. Ses maisons, ses immeubles et son aménagement témoignaient d’une conception urbaine différente de celle des quartiers anciens, dont les ruelles et les habitations s’étaient développées au fil des siècles. Cette organisation reflétait les inégalités et les différences sociales propres à la période coloniale. Toutefois, ces espaces n’étaient pas totalement isolés les uns des autres : les déplacements, les activités économiques et les échanges quotidiens reliaient les différentes composantes de la ville .L’histoire de l’avenue Raynal est également liée au Plateau de la Marine et à la présence du vieux phare situe sur le belvédère du Plateau de la Marine et évoque sa construction vers 1890, dans le contexte du développement du port. Le phare demeure aujourd’hui un repère patrimonial important, rappelant une période durant laquelle l’aménagement du port et l’extension urbaine transformaient progressivement le paysage de la cité. Un autre lieu mérite une attention particulière : la porte connue sous le nom de Porte de la Marine, également appelée Bab El Bhar. Située, selon les indications patrimoniales disponibles, à proximité de l’École des tapis, elle constituait un passage permettant de rejoindre le secteur du port. Cette porte rappelle l’importance des anciens accès qui organisaient les déplacements entre les différents quartiers et les installations maritimes. La mémoire locale associe également cet endroit à la surveillance exercée par les soldats français durant la période coloniale. L’ancienne avenue Raynal ne peut être évoquée sans rappeler les quartiers voisins du Derb et de Tigditt, qui constituent des éléments essentiels de la mémoire historique et populaire de Mostaganem. Leurs ruelles, leurs maisons anciennes et leurs traditions témoignent d’une histoire urbaine profondément enracinée. Au lendemain de l’indépendance, dans un grand élan de réappropriation de l’espace public, l’avenue a été officiellement renommée en hommage à Cherik Saïd. Ce chahid (martyr) de la Guerre de Libération nationale, enfant de la région, a donné sa vie pour la liberté de son pays. Si les plaques officielles portent fièrement son nom pour rappeler le sacrifice de la génération de Novembre, la mémoire collective locale fait cohabiter les deux appellations, utilisant « Cherik Saïd » pour l’administration et « La Raynal » pour la poésie des repères urbains. Aujourd’hui, l’avenue Raynal fait face aux défis du temps. Si elle reste un spot photographique incontournable pour les visiteurs et un lieu de passage quotidien pour des centaines d’étudiants et de travailleurs, ses célèbres marches subissent les assauts des années. L’avenue Raynal/Cherik Saïd ne se résume pas à du béton et des marches en pierre. Elle est le témoin vivant des mutations de Mostaganem, un lieu où chaque marche raconte une histoire, du temps passé au futur que la jeunesse locale tente d’y dessiner.

Par Tayeb Bey Abdelkader

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