Le combat des mères en Syrie : ni morts, ni vivants

0
269

Depuis des années, le drame des disparitions forcées en Syrie plonge des milliers de familles dans une attente insoutenable. Sous le régime d’Assad, 136 000 personnes ont été arrachées à leurs proches, souvent dans l’ombre, sans explications. À l’heure où la dictature s’est effondrée, les mères syriennes, figures poignantes de ce combat, se battent encore pour retrouver leurs fils et filles – qu’ils soient morts ou vivants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : seules 24 000 des personnes disparues ont été retrouvées vivantes. Les autres ? Enterrées dans des fosses communes, emprisonnées dans des lieux inconnus, ou tout simplement effacées. Pourtant, les mères refusent de se résigner.

Oum Khaled Jumaa, dont le fils Khaled a disparu en 2013, incarne la douleur de milliers de mères. Peintre de métier, il avait été arrêté sous une accusation fallacieuse de terrorisme. Depuis, sa mère a exploré tous les recoins de Damas à sa recherche : prisons, ministères, hôpitaux, jusqu’aux morgues où les corps mutilés racontaient l’horreur du régime. Malgré le poids des années, elle continue de croire en un miracle : « Mon fils n’est ni mort, ni vivant. Je le sentirais s’il était mort. Sa chambre l’attend. »

De son côté, Chadia Yahia Abu al-Ras, mère de Muhammad, disparue à 28 ans, raconte son combat. Pieux et respectueux, son fils n’était pas impliqué politiquement, mais cela ne l’a pas sauvé. La disparition de Muhammad est conservée un mystère, alimentant l’angoisse de sa famille : « S’il est mort, je veux qu’on me le dise. Mais en tant que maman, je sens qu’il est vivant. »

Mahmoud al-Mahmoud, fils d’Ahmed al-Mahmoud, arrêté à 33 ans le 14 septembre 2011 à Idleb : mon père a été interpellé, Il a été tabassé et ils l’ont attaché à un véhicule pour faire le tour d’Idleb. C’est la dernière fois que je l’ai vu. J’avais 11 ans. » Je garderai espoir jusqu’à mon dernier souffle.  »

Pour les familles syriennes, la quête de vérité se heurte à des obstacles immenses : corruption, menaces, et le poids d’un régime qui a systématiquement nié les crimes. Pourtant, leur lutte ne faiblit pas. Chaque vendredi, elles se rassemblent, brandissant des portraits, exigeant justice et vérité.

La Syrie d’après-Assad est un pays fracturé, mais uni dans une revendication commune : celle de retrouver ses disparus et de mettre fin à des décennies d’impunité. Le combat pour la mémoire et la justice ne fait que commencer, et avec lui l’espoir d’un jour où chaque mère pourra enfin refermer ce chapitre douloureux.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici