A quelques kilomètres seulement du siège de la commune de Hassi Mamache, le douar Maaizia incarne un paradoxe criant du 21ᵉ siècle : une fracture numérique qui persiste malgré la proximité géographique.
Alors qu’une ligne internet dessert l’annexe administrative du village, plus de 2 000 habitants survivent en marge du monde connecté. Leurs appels répétés, pourtant portés par des pétitions et des cris de détresse, se heurtent à un mur de silence bureaucratique. Dans les ruelles du douar, Fatima, 19 ans, incarne cette génération sacrifiée. Assise près du rond-point, son téléphone à la main, elle guette un signal éphémère : « Comment préparer nos examens sans accès aux cours en ligne ? » Comme elle, des dizaines d’étudiants et de lycéens errent entre les cybercafés coûteux et les rares points de connexion publics. « L’internet est sous nos pieds, mais pour nous, c’est un puits verrouillé », résume Hussein, père de trois enfants, désignant le bâtiment administratif où la fibre optique reste prisonnière des usages officiels.
Promesses en suspens:
Malgré une infrastructure existante, les autorités locales invoquent des « études en cours » avec les opérateurs, sans calendrier ni transparence. « On nous parle de projets, mais nos enfants grandissent dans l’analphabétisme numérique », dénonce Saadia, enseignante. L’absence de réseau ne paralyse pas seulement l’éducation : elle isole les familles, entrave l’accès aux services de santé en ligne et prive les entrepreneurs locaux de débouchés économiques. « Même pour contacter nos proches à l’étranger, c’est, très compliqué.», témoigne un habitant.
Derrière ce combat pour des « câbles qui libèrent » se cache un enjeu bien plus large : la reconnaissance de l’accès au numérique comme droit fondamental. « Pourquoi la technologie serait-elle l’apanage des villes ? », interroge Saadia. Les résidents dénoncent une logique qui perpétue l’exclusion des zones rurales, transformant des villages entiers en déserts digitaux. Combien de générations devront encore grandir dans l’ombre de la modernité ? Les habitants, eux, n’ont pas renoncé. Leur mot d’ordre résonne comme un défi aux promesses vides : « La ligne est là… Ouvrez-nous les portes du monde » !
Le cas de Maaizia n’est pas une exception, mais un symbole. Il rappelle que le progrès technologique, s’il n’est pas partagé, creuse les inégalités plus qu’il ne les comble. À l’heure où l’Algérie ambitionne de devenir un hub digital régional, ces villages oubliés sonnent l’alerte : sans justice numérique, il ne peut y avoir de véritable développement.
Hadj Bennaceur






























