La France interdit le hijab dans les compétitions sportives

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Le Sénat français a adopté ce mercredi un projet de loi interdisant le port du hijab, ainsi que tout signe religieux « ostensible », lors des compétitions sportives, y compris dans le cadre amateur. Portée par Michel Savin, sénateur Les Républicains, et soutenue par le gouvernement, cette mesure, justifiée au nom de la « neutralité du sport », déclenche une tempête politique et sociale. Accusée de cibler spécifiquement les femmes musulmanes, elle relance le débat sur l’équilibre entre laïcité et libertés individuelles en France.

Le texte, voté par 201 voix contre 145, s’inscrit dans la lignée des lois sur les signes religieux à l’école (2004) et la burqa dans l’espace public (2010). Ses défenseurs invoquent un « impératif d’uniformité » dans les pratiques sportives, arguant que le hijab pourrait compromettre la sécurité des athlètes ou créer des « disparités visibles ». « Le sport doit rester un espace neutre, où l’on se dépasse sans distinction de croyances », a déclaré Michel Savin.

Cependant, cette position est vivement contestée. Pour la juriste Anne-Laure Rousseau, spécialiste de la laïcité, « la loi de 1905 garantit la liberté de culte dans l’espace public, à moins de troubler l’ordre public. Or, aucun incident lié au hijab dans le sport n’a été documenté. Cette interdiction relève davantage d’un calcul politique que d’un réel besoin juridique. »

La communauté musulmane, estimée à six millions de personnes en France, dénonce une « stigmatisation institutionnalisée ». « C’est un coup dur pour des milliers de femmes qui, grâce au sport, trouvaient un moyen d’émancipation », s’indigne Samira El-Masri, présidente de l’association Femmes & Sport. Selon une enquête de la Ligue des Droits de l’Homme, 72 % des sportives voilées interrogées affirment qu’elles devront renoncer à leur pratique en cas d’interdiction.

Le gouvernement, déjà fragilisé par les tensions sociales, semble jouer la carte de la fermeté identitaire. À l’international, les réactions fusent : l’ONU Femmes a exprimé son « inquiétude », tandis que la Turquie et l’Iran condamnent une « atteinte aux droits humains ». À l’inverse, des pays comme la Chine ou la Hongrie ont salué une « défense courageuse des valeurs nationales ».

Le texte doit désormais passer à l’Assemblée nationale, où la majorité présidentielle, bien que divisée, pourrait l’adopter. Mais le chemin législatif reste semé d’embûches : plusieurs députés Renaissance menacent de voter contre, jugeant la mesure « discriminatoire ». En cas de validation, la bataille judiciaire s’annonce intense. La LICRA et le Collectif contre l’Islamophobie en France annoncent déjà un recours devant le Conseil constitutionnel, puis la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). En 2023, cette dernière avait déjà censuré une interdiction similaire en Belgique, invoquant l’article 9 de la Convention européenne sur la liberté religieuse. Reste à savoir si le sport, souvent célébré comme un langage universel, deviendra le théâtre d’une nouvelle guerre culturelle.

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