Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a récemment brandi une solution-choc pour soulager les prisons françaises saturées à 120 %: identifier et expulser les détenus étrangers afin qu’ils purgent leur peine dans leur pays d’origine. Une annonce qui, derrière son apparente logique, révèle un cocktail d’improvisation, de limites juridiques et de réalpolitik.
Sur les 61 000 détenus en France, plus de 19 000 sont étrangers, selon le ministère. Mais cette statistique, martelée comme un mantra, masque une réalité complexe. Comme le soulignent avocats et magistrats, la circulaire de Darmanin ne fait que rappeler des procédures déjà existantes. Pour qu’un condamné non européen soit transféré, son consentement est obligatoire – une condition souvent irréalisable, tant les détenus redoutent des conditions carcérales dégradées ou des représailles dans leur pays.
Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), nuance : sur les 8 000 détenus africains, seuls ceux disposant d’une « autorisation consulaire » pourraient être concernés. Or, la France n’a signé des accords de transfert pénal qu’avec 17 pays – essentiellement européens –, laissant dans l’impasse des milliers de cas. Les tensions diplomatiques avec certains pays rendent toute négociation ‘explosive ». Quant aux ressortissants de l’UE, leur expulsion sans consentement n’est possible qu’en échange d’un marchandage : reprendre des citoyens français incarcérés ailleurs en Europe.
En ciblant les étrangers, Darmanin flatte une frange de l’électorat tentée par le discours sécuritaire. Cette circulaire risque d’alimenter la défiance envers une justice déjà perçue comme à bout de souffle.
Si désengorger les prisons est une urgence, instrumentaliser les détenus étrangers relève du « fantôme ». Sans réforme structurelle (alternatives à la détention, moyens humains) et sans coopération internationale renforcée, cette mesure restera lettre morte. Gérald Darmanin joue avec le feu : en faisant des étrangers les boucs émissaires d’un système carcéral en crise, il risque d’enflammer les tensions sans résoudre.






























