Maroc : 120 000 euros pour servir le roi

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Un piratage informatique peut parfois révéler plus qu’une faille technique : il met à jour les rouages d’un système. La récente fuite de données de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) marocaine, propagée comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, a jeté une lumière crue sur les privilèges au sommet du pouvoir. Parmi les millions de noms, comptes et salaires exposés, un détail attire tous les regards : Mohamed Mounir El Majidi, secrétaire particulier du roi Mohammed VI, émarge à 120 000 euros par mois. Une somme vertigineuse dans un pays où le salaire minimum plafonne à 280 euros, et qui soulève une question lancinante : que cache cette opulence au cœur du palais ? El Majidi n’est pas un inconnu. Depuis 2000, cet homme de l’ombre orchestre les affaires privées de la famille royale avec une discrétion feutrée. Mais son influence dépasse de loin ce rôle de confident : il préside Al Mada, le puissant holding royal qui domine l’économie marocaine, du secteur minier à l’énergie en passant par les télécoms. À cela s’ajoutent des casquettes prestigieuses : président de Maroc Culture, qui pilote le festival Mawazine, du Fath Union Sport de Rabat, de l’Académie de football Mohammed VI et de la fondation de l’hôpital Cheikh Zaid. Un empire personnel au service d’un empire monarchique, dont les contours se dessinent avec une netteté troublante grâce à cette fuite. Car ce n’est pas la première fois que le nom d’El Majidi fait surface dans des affaires embarrassantes. En 2009, WikiLeaks l’avait épinglé pour corruption dans l’entourage du roi. En 2012, les Panama Papers avaient révélé son rôle dans une opération offshore : mandaté par SMCD Limited, une société enregistrée aux îles Vierges britanniques, il avait supervisé en 2006 l’achat d’une goélette de luxe, Aquarius W, rebaptisée El Boughaz I une fois immatriculée au Maroc. Son propriétaire ? Mohammed VI lui-même. Ce yacht, symbole d’un faste ostentatoire, contraste cruellement avec les réalités d’un peuple confronté à l’inflation et aux inégalités galopantes. La fuite de la CNSS ne se limite pas à El Majidi. Elle expose aussi les salaires de 15 employés marocains du bureau de liaison israélien à Rabat, signe que la normalisation des relations avec Israël, actée en 2020, s’accompagne de ses propres secrets bien rémunérés. Mais c’est bien le salaire du secrétaire royal qui cristallise les débats. Dans un Maroc où la monarchie se présente comme garante de la stabilité et du développement, cette révélation tombe comme un pavé dans la mare. Elle ravive les critiques sur l’opacité d’un système où une élite restreinte prospère à l’abri des regards, tandis que la jeunesse, désabusée, scande son ras-le-bol dans les rues ou sur les réseaux. El Majidi, fidèle parmi les fidèles, incarne aujourd’hui une question que beaucoup se posent : jusqu’à quand le Maroc acceptera-t-il que la loyauté au roi soit aussi grassement payée ? Riad

 

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