Rue contre rue : la Libye s’enflamme?

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La Libye s’enfonce dans une spirale inquiétante, où les rues de Tripoli deviennent le théâtre d’un affrontement symbolique mais dangereux : « rue contre rue ». D’un côté, les partisans du gouvernement de transition d’Abdelhamid Dbeiba, mobilisés samedi place Chouhada pour défendre son autorité ; de l’autre, une opposition grandissante qui exige un gouvernement unifié et des élections. Ce face-à-face, orchestré dans un climat de tension extrême, menace de faire basculer le pays dans un chaos irréversible.

Samedi dernier, les pro-Dbeiba, soutenus par des milices affiliées, ont tenté de montrer leur force. Mais malgré les moyens déployés par le gouvernement – conditions favorables et organisation minutieuse – la manifestation n’a pas attiré les foules escomptées, loin de l’élan populaire des protestations de l’opposition des vendredis précédents. Les slogans brandis, réclamant l’abolition de la Chambre des représentants et du Conseil d’État, ou encore la dissolution des formations armées, sonnent comme un écho de désespoir. La déclaration finale, que des observateurs soupçonnent d’avoir été rédigée par l’équipe de Dbeiba, exige un référendum constitutionnel et des élections immédiates, tout en dénonçant les arrestations arbitraires et la militarisation de Tripoli. Mais ces appels, aussi légitimes soient-ils, semblent davantage destinés à brouiller les pistes qu’à offrir une solution.

Le constat est clair : Dbeiba s’accroche au pouvoir, et cette obstination pourrait coûter cher. Les analystes libyens prédisent un retour au chaos, alimenté par la conviction d’une partie de la population que le Premier ministre sert des agendas personnels et internationaux au détriment des intérêts nationaux. Sur les réseaux sociaux, les Libyens expriment leur colère, dénonçant un « volcan prêt à exploser ». Cette polarisation, que le gouvernement semble entretenir en orchestrant des contre-manifestations, vise à convaincre la communauté internationale que la rue est divisée, justifiant ainsi un statu quo politique. Mais à quel prix ? Pousser le pays vers un vide institutionnel, comme le redoutent les observateurs, c’est ouvrir la porte à une nouvelle vague de violence et d’instabilité sociale.

La Libye, déjà fracturée par des années de guerre civile et de luttes de pouvoir, ne peut se permettre un tel scénario. Les appels à un État civil et à la démilitarisation des villes, bien que séduisants, nécessitent une volonté politique sincère, loin des calculs opportunistes. Le Conseil présidentiel, interpellé par les manifestants, doit agir pour libérer les détenus et apaiser les tensions, mais il lui faudra plus qu’un comité judiciaire neutre pour restaurer la confiance. La véritable urgence réside dans un dialogue inclusif, loin des manipulations et des milices, pour mener le pays vers des élections crédibles.

Tripoli, cœur battant de la Libye, ne doit pas devenir un champ de bataille. La communauté internationale, trop souvent spectatrice, doit presser toutes les parties à privilégier le dialogue sur la confrontation. Car si la rue continue de s’opposer à la rue, c’est toute la Libye qui risque de sombrer.  Riad

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