Sidi Ali (Mostaganem) : Cassaigne, le camp de la mort où tout a commencé

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Le ‘’31 octobre 1954 à 23h45’’, une détonation retentit à Cassaigne — aujourd’hui ‘’Sidi Ali’’, dans la wilaya de Mostaganem. Ce tir, lancé avant même l’heure H fixée par les responsables du Front de Libération Nationale (FLN), marquait le début d’une guerre qui allait changer à jamais le destin de l’Algérie : la guerre de Libération nationale.

Cette nuit-là, des combattants du FLN, dirigés par Benabdelmalek Ramdane, coordonnateur des groupes de moudjahidine dans la région de Mostaganem, ont attaqué simultanément plusieurs cibles coloniales : « le siège de la gendarmerie de Cassaigne », « la prison civile », le « centre des PTT » et le « poste de l’EGA » (actuelle Sonelgaz). Dans la région, d’autres opérations ont visé la « ferme Monsonégo » et le « transformateur électrique de Ouillis », confirmant la synchronisation d’un plan d’action national. En effet, c’est à « 23h20 », soit quelques minutes avant l’heure prévue du déclenchement, qu’un événement imprévu allait sceller le sort de cette nuit historique. Un colon, « Laurent », revenant de Mostaganem vers «Picard » (aujourd’hui Khadra), essuya des tirs près d’Ouillis — désormais « commune de Benabdelmalek  Ramdane ». Tentant d’alerter la gendarmerie de Cassaigne, il fut abattu sur le seuil du portail, devenant ainsi « la première victime française » du soulèvement. Quelques instants plus tard, les attaques coordonnées éclatèrent dans tout le secteur. « L’Algérie venait d’entrer en guerre. » Quelques jours plus tôt, le « 28 octobre 1954 », une réunion capitale s’était tenue au douar « Ouled Bouziane », dans la région de « Ghar Sidi Youcef ». Présidée par « Larbi Ben M’hidi », elle regroupait notamment « Benabdelmalek Ramdane » et « Bordji Amar ». L’ordre du jour : la mise au point des plans d’action pour le déclenchement de la lutte armée à l’échelle nationale. Le secteur de Mostaganem avait alors été désigné comme l’un « des premiers foyers de l’insurrection ». Quelques jours seulement après le déclenchement, le 4 novembre 1954, « Benabdelmalek Ramdane » tomba au champ d’honneur, devenant l’un des premiers martyrs de la Révolution. En août 1956, la région fut de nouveau le théâtre d’affrontements d’une rare intensité lors de « la bataille de Sidi Zeggaï », qui dura trois jours. Les forces coloniales y subirent de lourdes pertes, y compris la destruction d’un hélicoptère.

Cassaigne, de bastion colonial à camp de la mort 

Après les premières attaques, l’armée coloniale transforma « Cassaigne » en « camp de concentration » et en « centre de torture » dès 1956. Les légionnaires, les Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), les spahis, la territoriale et le 2e bureau y établirent une base d’opérations. Le site devint rapidement tristement célèbre dans tout l’Ouest algérien pour les atrocités qui y furent commises. Selon les témoignages recueillis après l’indépendance, plus de 40 000 moudjahids et patriotes y transitèrent. Près de 5 000 d’entre eux furent assassinés — certains exécutés sommairement, d’autres morts sous la torture. Des survivants racontent que les corps des suppliciés étaient parfois jetés dans un puits situé à l’intérieur du camp, encore visible aujourd’hui. Aujourd’hui, l’ancien camp de Cassaigne, rebaptisé « musée de Sidi Ali », est un haut lieu de mémoire. Il rappelle non seulement la brutalité du système colonial, mais aussi le courage et le sacrifice des enfants de Mostaganem et de toute l’Algérie. Le « camp de la mort » de Sidi Ali reste, à jamais, le symbole de la résistance, de la douleur et de la dignité d’un peuple qui s’est levé pour sa liberté.

Riad

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