Gaza : Rabat au volant du chaos

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Le rapprochement militaire entre Rabat et Tel-Aviv avance, froid, méthodique, comme si le monde tournait normalement. Une formation d’ingénieurs ici, une usine de drones là, une poignée de main sur LinkedIn… et Gaza, pourtant, continue de crier.

Par Belkacem

La société israélienne « BlueBird Aero Systems » a annoncé, le 12 novembre, avoir accueilli une équipe technique marocaine pour une formation approfondie consacrée à la production du drone tactique « SPY-X ». L’information a été révélée dans un post publié sur LinkedIn, photos à l’appui. Cette session s’inscrit dans les préparatifs du lancement prochain d’une usine israélienne de fabrication de drones au Maroc. La rencontre s’est terminée sur une note inhabituelle : un « match amical de football » opposant les équipes techniques marocaine et israélienne, une mise en scène destinée à illustrer « l’esprit de coopération ».

En juin 2023, BlueBird avait déjà livré des drones aux Forces armées royales (FAR), confirmant une collaboration soutenue entre Rabat et Tel-Aviv dans le domaine de l’armement depuis la normalisation.

Cette coopération s’affiche alors que Gaza vit l’une des pires tragédies de son histoire contemporaine. Malgré un cessez-le-feu fragile, l’enclave reste dévastée par plus de deux années de bombardements israéliens ayant fait des dizaines de milliers de morts, en majorité des civils, dont un nombre effroyable d’enfants. Les infrastructures médicales, éducatives et humanitaires sont en ruine, les familles arrachées à leurs maisons, et une population entière survit dans des conditions inhumaines. Un drame humanitaire qui continue d’indigner les opinions publiques du Maghreb et du monde entier.

Cette annonce intervient également alors que des centaines de milliers de Marocains descendent régulièrement dans la rue pour dénoncer la normalisation et la coopération militaire avec l’entité sioniste, en contradiction totale avec la solidarité historique du peuple marocain envers la Palestine.

Car pendant que le sioniste accueille des techniciens marocains dans ses ateliers climatisés, « Gaza enterre encore ses morts». Deux années de bombardements ont laissé derrière elles une enclave dévastée, des familles décimées, des enfants amputés de leur innocence et parfois de leurs membres. Les hôpitaux sont transformés en morgues, les écoles en amas de béton, les rues en cimetières. On parle de cessez-le-feu, mais Gaza reste un champ de ruines où survivre est devenu un acte héroïque.

La contradiction est brutale : « un peuple solidaire de Gaza, un pouvoir qui s’allie avec ceux qui la bombardent ».

La question demeure, lancinante : jusqu’où peut-on normaliser quand le sang est encore frais ? Jusqu’où peut-on assembler des drones aux côtés de ceux qui pulvérisent des quartiers entiers ?

L’histoire retiendra que, pendant que Gaza étouffait sous les décombres, des ingénieurs marocains apprenaient à fabriquer les outils d’une guerre sans conscience. Et l’histoire, elle, ne pardonne jamais.

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