De 1830 à 1962, la colonisation française en Algérie a spolié plus de 1,2 million d’hectares de terres, équivalant à mille fois la superficie de Paris. Cette expropriation, menée sans ménagement et légitimée par un arsenal juridique contradictoire, a brisé la paysannerie algérienne, pilier d’une société rythmée par l’agriculture et la transhumance. « Un monde s’effondre », résume l’historien Antonin Plarier, décrivant une pratique d’accaparement sans excuse ni explication.
Le maréchal Bugeaud, architecte de la conquête, prônait une stratégie claire : priver les Algériens de leurs ressources agricoles pour les soumettre. « Empêchez-les de semer, de récolter, de pâturer », écrivait-il. Violations, séquestres de terres et destructions de récoltes ont dispersé les populations, provoquant famines, paupérisation et exodes. Les Algériens, dépossédés, furent parfois réduits à louer leur force de travail sur leurs propres terres, au profit des colons.
Forêts et eau, essentiels à la vie, ont été monopolisés. Le Code forestier de 1830 a interdit aux Algériens l’accès au bois, aux pâturages et à l’artisanat. L’exploitation commerciale, comme celle des chênes-lièges de Beni Khalfoun, a dégradé les écosystèmes. Les barrages, tel celui d’Oran dans les années 1860, ont détourné l’eau vers les colons, privant les agriculteurs locaux. « L’État colonial a favorisé l’érosion des sols », souligne l’historienne Hélène Blais.
L’introduction de la vigne et de l’eucalyptus, au détriment des céréales et des espèces locales, a bouleversé les paysages. Les jachères, vitales pour le bétail, ont disparu, et l’assèchement des zones humides a nui à la biodiversité. Ces monocultures, tournées vers l’exportation, répondaient aux besoins de la métropole, non à ceux des Algériens. « L’écosystème entier a été affecté », note Alain Ruscio, spécialiste de la période coloniale.
61 panthères et 38 lions furent tués
Les chasses coloniales, encouragées par des primes, ont éradiqué la faune sauvage. En 1860, 61 panthères et 38 lions furent tués ; le dernier lion disparut en 1958. Cette destruction, orchestrée par un ordre colonial intolérant à la diversité, a annihilé une partie du patrimoine écologique algérien. Si les crimes humains de la colonisation sont documentés, ses ravages environnementaux demeurent sous-étudiés. Déforestation, érosion, perte de biodiversité : l’ampleur de cet écocide colonial reste à estimer.
Au-delà des crimes commis sur les Algériens, peu d’historiens se sont jusqu’ici emparés des destructions des écosystèmes. L’ampleur d’un éventuel écocide lié à la colonisation française reste à quantifier et est un angle de mort de la recherche. Riad






























