Crimes nucléaires : le contentieux Alger-Paris

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An Algerian man is pictured through a fence as he looks at a danger sign at the entrance of the nuclear bomb test site of Tena Fila mountain at Ain Ekra in Tamanrasset 2000 km south of Algiers, on February 25, 2010. During an international conference on nuclear testing in Algiers on February 25 a series of propositions have been presented to efficiently combat the effects of the tests. In the irradiated Algerian desert children are still born with deformities that campaigners blame on the experimental blasts by the French during their occupation of Algeria in the 1960s. AFP PHOTO / FAYEZ NURELDINE (Photo by FAYEZ NURELDINE / AFP)

Soixante-cinq ans après les premières déflagrations atomiques françaises dans le Sahara algérien, les cicatrices de ces « crimes nucléaires » ne sont toujours pas pansées. Entre silences diplomatiques, archives inaccessibles et sols contaminés, ce dossier empoisonné incarne l’un des contentieux les plus brûlants entre Alger et Paris. Un contentieux qui, au-delà des enjeux mémoriels, interroge la capacité de la France à assumer son passé colonial et ses conséquences toxiques.

Entre 1960 et 1966, la France a mené 17 essais nucléaires dans le désert algérien. Quatre explosions atmosphériques à Reggane, suivies de treize essais souterrains à In Ekker : une série de détonations qui ont fait du Sahara un laboratoire à ciel ouvert, sacrifié sur l’autel de la puissance militaire française. Aujourd’hui, les séquelles sont tangibles : des paysages ravagés par les radiations, des déchets enfouis dans le sable comme des bombes à retardement, et des populations condamnées à subir, génération après génération, cancers, malformations congénitales et maladies chroniques. L’association Taourirt, qui documente ces souffrances, estime que plus de 30 000 Algériens ont été directement affectés. Des chiffres glaçants, mais qui ne disent rien des traumatismes invisibles : la peur de boire l’eau, de cultiver la terre, de respirer l’air d’un territoire devenu hostile.

Malgré des déclarations d’intentions répétées — comités bilatéraux en 2007, groupe de travail en 2014, rapport Stora en 2021 —, la France n’a jamais concrétisé ses promesses. Les archives restent scellées, les études scientifiques indépendantes trop rares, et les indemnisations, quasi inexistantes. Pire : en 2021, Paris a rejeté la demande algérienne d’accès aux cartes précises des zones contaminées, arguant de secrets militaires. Une opacité inacceptable, alors que des familles continuent de vivre sur des terres empoisonnées.

La colère algérienne ne se résume pas à une quête de réparations financières. Il s’agit d’exiger une reconnaissance officielle des préjudices subis, un geste fort qui irait au-delà des demi-mesures. L’association du « 13 février 1960 », basée à Reggane, réclame ainsi une enquête internationale pour « crime contre l’humanité ». Une demande symbolique, mais cruciale : comment construire une relation apaisée entre les deux rives de la Méditerranée si la France persiste à minimiser l’ampleur des dégâts ?

La tension actuelle entre Alger et Paris exacerbée depuis 2023 par des divergences géopolitiques ne doit pas servir de prétexte à l’immobilisme. Car chaque jour perdu aggrave les risques sanitaires et écologiques. La décontamination des sites ne peut attendre un hypothétique printemps diplomatique : elle exige une coopération urgente, transparente, et désintéressée. La France doit cesser de brandir le mantra de la « réconciliation » tout en refusant de regarder en face les stigmates de son histoire.

L’heure des comptes a sonné : Soixante-cinq ans après Gerboise Bleue, il est temps que la France assume pleinement son héritage nucléaire en Algérie. Remettre les archives, débloquer des fonds pour la dépollution, indemniser les victimes : autant d’étapes indispensables pour tourner cette page sombre. Car sans justice, il ne peut y avoir de paix mémorielle. Et sans transparence, aucune confiance ne renaîtra. L’Algérie, elle, n’a pas oublié ?   Riad

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