Syrie : l’aube d’un avenir incertain

0
372

En ce dimanche 8 décembre 2024, l’histoire semble tourner une page monumentale : le régime de Bachar al-Assad, héritier d’un demi-siècle de pouvoir sans partage, s’est effondré sous les coups de boutoir d’une offensive éclair menée par Abu Mohamed al-Joulani et ses alliés rebelles. De l’occupation stratégique d’Alep à la chute retentissante de Damas, la guerre civile syrienne entre dans une nouvelle ère. Mais à quoi ressemblera cet avenir si souvent rêvé, et désormais entrevu avec une prudence mêlée d’appréhension ?

Depuis 2011, la Syrie n’est plus que l’ombre d’elle-même, ravagée par une guerre qui a coûté la vie à plus de 500 000 âmes et déplacé des millions d’autres. La chute de Damas marque la fin d’un règne jugé oppressif par une large part de la population syrienne, mais elle ouvre également une boîte de Pandore. L’hétérogénéité des forces rebelles, allant des islamistes radicaux aux factions nationalistes, laisse présager des luttes intestines pour le contrôle des institutions et des territoires. Pour l’instant, l’émissaire des Nations unies, Geir Pedersen, préfère cultiver l’espoir. « La paix, la réconciliation, la dignité et l’inclusion pour tous les Syriens », promet-il, comme un mantra. Mais derrière ces mots se cache une réalité plus nuancée : quelle place pour les minorités alaouites, kurdes, druzes ou chrétiennes dans ce paysage remodelé ? L’histoire récente nous rappelle que les promesses de paix sont fragiles dans une région où les intérêts géopolitiques se superposent aux divisions communautaires. Sur le terrain, la chute de Bachar al-Assad ne signifie pas l’unité. Les provinces du Sud et de l’Est, à l’instar de Deraa, se sont ralliées à la cause rebelle par pragmatisme plus que par idéologie. Pourtant, les lignes de fracture demeurent : les zones sous contrôle kurde restent méfiantes vis-à-vis des nouveaux maîtres de Damas, tandis que l’influence étrangère – russe, iranienne, turque et américaine – continue de peser lourdement sur l’équilibre du pouvoir. En parallèle, la reconstruction, à la fois matérielle et sociale, s’annonce titanesque. Les infrastructures détruites, les vies brisées, les enfants traumatisés… Les cicatrices laissées par cette guerre civile ne se refermeront pas en un jour, et le peuple syrien devra naviguer entre mémoire et résilience. Le rôle de la communauté internationale sera crucial. Une transition politique inclusive, garantie par un accord négocié, pourrait être l’unique voie vers une stabilité durable. Mais qui arbitrera ce processus ? Les Nations unies, affaiblies par des années d’inaction, auront fort à faire pour s’imposer comme un médiateur impartial. Pendant ce temps, les grandes puissances, chacune avec son agenda, risquent de transformer la Syrie en un nouvel échiquier de rivalités. Charef Slamani

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici