L’Afrique s’unit pour réclamer réparations coloniales 

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L’histoire se réécrit à Addis-Abeba. Lors de son dernier sommet, l’Union africaine (UA) a franchi une étape historique en adoptant une résolution audacieuse : criminaliser le colonialisme et exiger des réparations pour les siècles d’oppression subis par les peuples africains. Portée par le Ghana et l’Algérie, cette initiative, intitulée « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce aux réparations », marque un tournant. Elle symbolise la volonté d’un continent de briser le silence imposé par des décennies de dominations étrangères et de réclamer, enfin, ce qui lui est dû.

Pour la première fois, l’Afrique parle d’une seule voix. Le texte adopté ne se contente pas de condamner les crimes du passé – esclavage, apartheid, pillage des ressources, massacres –, il dessine une feuille de route concrète. Réparations financières, restitution des terres spoliées, récupération du patrimoine culturel volé, investissements dans l’éducation et la santé : les exigences sont précises. Le Congo réclame des excuses à la Belgique pour les millions de vies brisées sous Léopold II. Le Tchad et le Sénégal interpellent la France sur son héritage toxique. L’Algérie, quant à elle, refuse d’oublier les 132 ans de colonialisme français, marqués par la violence et l’humiliation.

Monique Nsanzabaganwa, vice-présidente de la Commission de l’UA, résume l’enjeu : « Il s’agit de restaurer les droits historiques de l’Afrique et de légitimer nos revendications sur la scène internationale. » Derrière ces mots, un constat implacable : le sous-développement actuel du continent est le fruit direct d’un système colonial qui a siphonné ses richesses, détruit ses structures sociales et nié sa dignité.

La résolution va plus loin que les déclarations d’intentions. Elle exige des anciennes puissances coloniales une reconnaissance officielle de leurs crimes, préalable indispensable à toute réconciliation. Mais surtout, elle insiste sur la nécessité de compensations tangibles : paiements financiers, restitution des œuvres d’art, soutien aux infrastructures locales. L’UA entend aussi mobiliser les tribunaux internationaux et les organisations multilatérales pour contraindre l’Europe à rendre des comptes.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte géopolitique explosif. Les pays du Sahel, comme le Mali ou le Burkina Faso, ont récemment expulsé les troupes françaises, signe d’une défiance croissante envers l’ancienne métropole. La Belgique, confrontée à son passé congolais, et la France, engluée dans les débats sur la torture en Algérie, ne peuvent plus feindre l’amnésie.

En internationalisant cette lutte, l’UA envoie un message clair : l’Afrique n’est plus à genoux. Elle réclame justice, non par vengeance, mais pour bâtir un avenir où ses enfants ne porteront plus les stigmates de crimes impunis. Comme le souligne le texte, il s’agit de « surmonter l’injustice historique » par la réhabilitation des mémoires, la récupération des récits confisqués et la réparation économique.

Une chose est sûre : le temps où l’Europe pouvait étouffer ces revendications sous de vagues promesses est révolu. L’Afrique, unie et déterminée, écrit aujourd’hui un nouveau chapitre. Celui où les bourreaux d’hier devront, enfin, répondre de leurs actes.        Riad

 

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