Le Soudan porte plainte contre les Émirats pour « complicité de génocide »

0
323

Dans une démarche judiciaire inédite, le Soudan a accusé officiellement les Émirats arabes unis (EAU) de « complicité de génocide » devant la Cour internationale de justice (CIJ), pointant du doigt leur soutien présumé aux Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire impliquée dans le conflit qui ravage le pays depuis avril 2023. Selon la requête déposée ce jeudi, les EAU auraient alimenté la rébellion des FSR via un « soutien financier, politique et militaire », facilitant ainsi des crimes qualifiés de génocide au Darfour-Occidental.

Le gouvernement soudanais affirme que les Émirats ont « rendu possible » une série d’exactions attribuées aux FSR, incluant massacres, viols, déplacements forcés et destructions systématiques. Khartoum invoque la Convention de 1948 sur le génocide, accusant les EAU d’avoir violé leurs obligations internationales en « conspirant, incitant et participant à ces crimes ». En réponse, les Émirats ont rejeté ces allégations, qualifiant la plainte de « manœuvre médiatique cynique » et exigeant son rejet immédiat.

Le conflit entre l’armée régulière et les FSR a déjà fait des dizaines de milliers de morts et contraint plus de 12 millions de personnes à fuir, plongeant le Soudan dans l’une des pires crises humanitaires au monde. La requête du Soudan réclame à la CIJ des « mesures provisoires » d’urgence, notamment des réparations financières pour les victimes et un arrêt immédiat du soutien émirati aux paramilitaires.

Si les décisions de la CIJ sont juridiquement contraignantes, leur application reste tributaire de la coopération des États. La cour avait ainsi ordonné en vain à la Russie de cesser son invasion de l’Ukraine en 2022. Le Soudan exhorte néanmoins les juges à agir rapidement pour « protéger la population civile, exposée à un risque imminent de nouveaux actes génocidaires ».

Des experts onusiens ont corroboré une partie des accusations, jugeant « crédibles » les rapports sur des transferts d’armes des EAU aux FSR via le Tchad. Ces révélations interviennent alors qu’Abou Dhabi avait assuré aux États-Unis en décembre 2023 de cesser tout approvisionnement, en échange du déblocage d’une vente d’armes américaines de 1,2 milliard de dollars. En janvier, des parlementaires américains ont cependant accusé les Émirats de poursuivre clandestinement leur soutien aux milices

Cette plainte relance le débat sur l’implication régionale dans les conflits africains et teste les mécanismes de responsabilisation internationale. La CIJ devra désormais trancher l’admissibilité de la requête soudanaise, sous le regard critique de la communauté internationale. Une décision en faveur de Khartoum pourrait marquer un précédent dans la lutte contre l’impunité des soutiens externes aux groupes armés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici