Les ânes-éboueurs de la Casbah

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Au cœur de la Casbah d’Alger, joyau classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, une équipe insolite veille depuis plus de cinq siècles sur la propreté de la médina : les ânes-éboueurs. Soixante baudets robustes, héritiers d’une tradition séculaire, composent cette « cavalerie » unique au monde. Bien plus qu’un simple service public, ces animaux attachants incarnent l’ADN d’un quartier où histoire et quotidien s’entremêlent.

La Casbah, médina bâtie au Xe siècle sous la dynastie berbère des Zirides, défie toute modernité : ses ruelles en escaliers, ses passages voûtés et ses venelles étroites forment un dédale minéral où il est aisé de se perdre pour un visiteur non averti. L’étroitesse des passages interdit toute intrusion motorisée, préservant ainsi le silence des pierres millénaires. C’est dans ce théâtre patrimonial que, chaque matin avant l’aube, les éboueurs enfilent leurs combinaisons vert fluo et attellent leurs compagnons à quatre pattes.

Qu’il pleuve, vente, ou étouffe sous le soleil algérois, la « Brigade des ânes » – surnom affectueux de l’Unité de cavalerie de la Casbah – arpente inlassablement les pentes escarpées. Hommes et bêtes gravissent les marches centenaires, collectant sacs de déchets ménagers et résidus encombrants, avant de les remonter vers les hauteurs du quartier. Là, un camion-benne prend le relais, bouclant une chaîne logistique où technologie et tradition cohabitent.

Ce partenariat silencieux, né sous l’ère ottomane, a survécu aux révolutions urbaines. « Sans les ânes, la Casbah étoufferait sous les déchets », confie un éboueur. Les habitants, eux, saluent ces équipes dont le pas lent rythme les journées. Symbole de résilience, cette brigade incarne un défi : protéger l’âme d’un site historique sans figer le temps. Car dans les ruelles de la Casbah, chaque pas d’âne résonne comme un écho du passé… et un murmure d’éternité.

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