L’Iran et la carte secrète du Moyen-Orient

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La guerre contre l’Iran  et l’élimination annoncée de figures centrales du régime, dont le guide suprême, Ali Khamenei, et des cadres du Corps des gardiens de la révolution islamique, ne serait pas seulement un épisode militaire de plus dans une région en tension permanente. Elle s’inscrirait, selon certains observateurs, dans une séquence plus large : celle de la recomposition stratégique du Moyen-Orient.

Au-delà de la question nucléaire, souvent mise en avant comme justification principale, le véritable affrontement se jouerait sur deux terrains imbriqués : le symbolique et le géoéconomique. Sur le plan symbolique, la mobilisation de références religieuses, comme la fête juive de « Pourim », liée au récit d’Esther et à la figure d’Haman ,serait perçue par certains analystes comme une instrumentalisation de la mémoire pour nourrir une lecture civilisationnelle du conflit. Dans cette grille d’analyse, la confrontation dépasserait la politique pour entrer dans l’imaginaire historique.

Mais c’est surtout sur la carte des corridors stratégiques que se jouerait l’essentiel. L’Iran occupe une position nodale dans l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative », nouvelle Route de la soie reliant l’Asie à l’Europe. Face à elle, les États-Unis et l’entité israélienne  soutiennent le projet « India-Middle East-Europe Economic Corridor » (IMEEC), destiné à relier l’Inde à l’Europe via la péninsule Arabique et Israël. Présenté par Benjamin Netanyahu à l’ONU, ce corridor ambitionne de redessiner les flux commerciaux en marginalisant les axes dominés par Téhéran.

Dans cette lecture, chaque événement régional prend une dimension stratégique : l’explosion du port de « Port de Beyrouth » en 2020, l’échouement du porte-conteneurs « Ever Given » dans le canal de Suez, ou encore le développement futuriste de « NEOM » en Arabie saoudite. Tous ces épisodes ont rappelé la fragilité des routes maritimes et renforcé l’argument en faveur de corridors terrestres alternatifs sécurisés.

L’enjeu n’est donc pas seulement territorial, mais logistique : contrôler les ports, les détroits, les voies ferrées et les pipelines, c’est maîtriser les flux financiers entre Orient et Occident. Dans cette perspective, l’Iran apparaît comme un verrou géographique. Sa neutralisation modifierait profondément l’équilibre des routes commerciales et renforcerait l’axe soutenu par Washington et Tel-Aviv.

Reste une question centrale : cette recomposition profitera-t-elle à la stabilité régionale ou ouvrira-t-elle une ère d’instabilité chronique ? Car si la géopolitique des corridors promet prospérité et intégration, elle porte aussi le risque d’une fragmentation accrue, où chaque puissance cherche à sécuriser ses intérêts au détriment des équilibres existants.

Au fond, la bataille actuelle n’est peut-être ni strictement religieuse ni uniquement nucléaire. Elle est celle du contrôle des routes, des récits et des leviers de puissance. Et dans ce grand jeu, le Moyen-Orient demeure l’échiquier central.

  • Par Belkacem

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