Mali : Dicko, l’imam qui fait trembler Goïta !

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Au Mali, la junte d’Assimi Goïta semble régner sans partage. Depuis le coup d’État de mai 2021, le général a muselé la classe politique, reporté sine die l’élection présidentielle censée clore la transition et imposé un climat de peur où les critiques se font rares. Pourtant, un homme continue de hanter les nuits des putschistes : Mahmoud Dicko. Exilé en Algérie depuis décembre 2023, cet imam influent, originaire de Tombouctou, s’est imposé comme la bête noire du régime, un opposant aussi redouté que respecté.

Mahmoud Dicko n’est pas un novice en politique. Né vers 1954, cet ancien président du Haut Conseil islamique malien (2008-2019) a bâti sa réputation sur un savant mélange de leadership religieux et d’engagement politique. Capable de mobiliser des foules – entre 30 000 et 50 000 personnes ont répondu à son appel lors d’une manifestation à Bamako le 5 avril 2019 –, il s’est forgé une popularité qui transcende les clivages. Soutien d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2013, il bascule dans l’opposition dès 2017, devenant une figure clé des mouvements de contestation qui précipiteront la chute de ce dernier en 2020. Médiateur entre le gouvernement et les djihadistes du Nord, comme lors de sa rencontre en 2012 avec Iyad Ag Ghali d’Ansar Dine, Dicko a aussi défendu l’intervention française de 2013, qu’il voyait comme un secours à un peuple abandonné par les pays musulmans.

Mais c’est face à la junte que Dicko s’est révélé un adversaire implacable. Exigeant le respect du calendrier électoral initial, il n’a cessé de dénoncer les dérives autoritaires de Goïta. Son influence reste telle que, le 14 février 2025, l’annonce de son possible retour à Bamako a fait trembler les militaires. La veille, une note du ministère de la Sécurité l’accusait d’“activités subversives” et ordonnait des mesures pour empêcher tout rassemblement à son arrivée. Face aux menaces d’arrestation, Dicko a annulé son retour, préférant éviter une confrontation directe qui aurait pu embraser la capitale.

La junte, elle, ne baisse pas les bras. En mars 2024, elle a dissous la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de Mahmoud Dicko (CMAS), un mouvement lancé en 2019 en son nom. En juin, Youssouf Daba Diawara, coordinateur de la CMAS, a été arrêté, puis condamné en octobre à deux mois de prison avec sursis pour participation à une manifestation interdite de la Synergie d’action pour le Mali, une coalition d’opposition créée en février 2024 avec le soutien des partisans de Dicko. Ces mesures répressives montrent à quel point la junte craint l’aura de l’imam, même à des milliers de kilomètres de Bamako.

Ce bras de fer entre Dicko et Goïta illustre une tension plus profonde au Mali : celle entre un pouvoir militaire qui s’accroche au contrôle et une société civile qui refuse de plier. En exil, Dicko incarne une voix de résistance, un symbole d’espoir pour ceux qui rêvent d’un retour à la démocratie. Mais son absence physique du Mali pose une question cruciale : peut-il continuer à peser sur la scène politique sans risquer un retour qui pourrait lui coûter sa liberté, voire sa vie ? Une chose est sûre : tant que Mahmoud Dicko restera dans l’ombre de la junte, Assimi Goïta ne dormira que d’un œil.           Riad

 

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