Le Mali franchit un nouveau seuil autoritaire avec la promulgation par le général Assimi Goïta, le 10 juillet, d’une loi le maintenant au pouvoir jusqu’à 2030 au moins. Cette mesure, validée le 3 juillet par l’organe législatif après adoption le 11 juin par le conseil des ministres, lui confère un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire » sans élection, enterrant les promesses de transition démocratique de 2020. Cinq ans après son premier coup d’État, cet officier de 41 ans, jadis inconnu, transforme une promesse de salut en un règne potentiellement illimité, consolidant une dérive dictatoriale dans un pays déjà fragilisé.
Le parcours de Goïta, marqué par deux putschs – le 18 août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, puis en mai 2021 contre les civils de la transition – trahit une ambition insatiable. Investi chef d’État à 38 ans, il s’est imposé comme l’homme fort d’un Mali ravagé par le djihadisme et les crises du Sahel, clamant placer « le Mali d’abord » sans « agenda caché ». Pourtant, son bilan penche vers la répression : suspension de médias, emprisonnement d’opposants, dissolution de partis, tandis que la victoire symbolique à Kidal en novembre 2023 masque un échec sécuritaire et économique. Des milliers de morts causés par djihadistes et criminels, conjugués aux exactions imputées à l’armée et à ses alliés russes, témoignent d’une instabilité persistante.
Fils d’un ancien directeur de la police militaire, formé sur les champs de bataille du nord contre indépendantistes et jihadistes, Goïta s’est forgé une image d’« homme de terrain ». Mais son mépris pour la démocratie – échec à rendre le pouvoir aux civils en mars 2024, verrouillage politique – alimente les critiques. Un diplomate africain le qualifie de « calculateur » obsédé par le pouvoir, une analyse corroborée par son virage géopolitique : rupture avec la France et la Minusma depuis 2022, sortie de la Cedeao, et alliance avec la Russie via l’Alliance des États du Sahel (AES), dont il préside actuellement avec le Burkina Faso et le Niger.
Sur les réseaux sociaux, les avis divergent : ses partisans y voient l’artisan d’une souveraineté retrouvée, tandis que d’autres dénoncent une « dictature en marche ». Cette consolidation risque d’isoler le Mali et d’aggraver la répression. Sans un retour à la démocratie et une stabilisation effective, le pays pourrait devenir un symbole tragique d’un pouvoir militaire sacrifiant ses idéaux à sa survie, au détriment de son peuple et de sa place régionale. Riad






























