Mali : La junte tue la démocratie, l’opposition riposte

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Au Mali, la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta, au pouvoir depuis le coup d’État d’août 2020, fait face à une contestation croissante. Alors que le régime cherche à consolider son emprise en proposant la dissolution des partis politiques et la nomination de Goïta comme président pour un mandat de cinq ans sans élections, l’opposition appelle à une grande manifestation ce vendredi à Bamako, défiant un climat de répression.

Samedi dernier, des centaines de Maliens ont bravé les menaces des autorités pour manifester dans la capitale. Réunis près du Palais de la Culture, sous un soleil écrasant et malgré les gaz lacrymogènes, les protestataires ont scandé « Vive la démocratie ! » et « À bas la dictature ! ». Drapeaux maliens en main, certains poings levés, ils ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « coup de force » contre les libertés fondamentales. Cette mobilisation, la première de cette ampleur depuis l’arrivée de la junte, a été largement relayée sur les réseaux sociaux, galvanisant les espoirs d’un « réveil démocratique ».

C’est un tournant. Les Maliens ne veulent plus d’un régime militaire qui piétine leurs droits. La manifestation, organisée par une coalition d’environ 80 partis politiques et deux organisations de la société civile, a exigé la fin de la transition militaire d’ici au 31 décembre 2025 et l’établissement d’un calendrier électoral. Le 30 avril, le Conseil des ministres malien a abrogé la loi encadrant les partis politiques, une décision interprétée comme un pas vers leur dissolution. Cette annonce faisait suite à une conférence nationale, boycottée par l’opposition, qui a recommandé la suppression des partis et la proclamation de Goïta comme président jusqu’en 2030. Ces mesures, perçues comme une tentative de verrouillage du pouvoir, ont ravivé la colère des Maliens, déjà frustrés par les promesses non tenues de la junte de rendre le pouvoir aux civils en mars 2024.

Une manifestation à haut risque

L’appel à manifester ce vendredi à Bamako, lancé par la coalition d’opposition, s’annonce comme un test crucial. Les autorités ont renforcé la présence des forces de sécurité dans la capitale, et des heurts sont à craindre, comme lors du rassemblement du 3 mai, où la police a tenté de disperser les manifestants. Des partisans de la junte ont également occupé le Palais de la Culture pour empêcher le meeting, obligeant les opposants à se réunir à l’extérieur « Le peuple malien ne se laissera pas museler. Nous avons conquis la démocratie en 1991, et nous la défendrons », a affirmé Agh Ahmedou Mohamed, journaliste et leader de la société civile. Les organisateurs condamnent « toute tentative de restriction ou de dissolution des partis politiques », qu’ils considèrent comme une « attaque directe contre la Constitution et la souveraineté du peuple malien. »

La junte, qui a rompu ses liens avec les partenaires occidentaux pour se rapprocher de la Russie, fait face à une double crise : politique et sécuritaire. Alors que le nord et le centre du Mali restent en proie à des violences jihadistes et intercommunautaires, la répression des libertés risque d’exacerber les tensions. Les partenaires régionaux, comme la CEDEAO, dont le Mali s’est retiré en 2024, peinent à influencer la trajectoire du pays. Pour Mamouni Soumano, analyste politique à l’université Kurukanfuga de Bamako, « il y a un risque réel d’escalade si la junte ne dialogue pas avec l’opposition. Les Maliens veulent des élections, pas un pouvoir militaire éternel ». Alors que Bamako se prépare à un vendredi sous haute tension, l’avenir de la démocratie malienne semble plus que jamais suspendu à la détermination de ses citoyens.

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