Mali : un président sans élection !

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Le Mali s’enfonce dans un tournant dangereux. Mardi, une concertation nationale orchestrée par la junte au pouvoir a proposé de nommer le général Assimi Goïta « président de la République pour un mandat de cinq ans à partir de 2025, renouvelable », sans passer par des élections. Ce coup de force, détaillé dans un document de la primature, s’accompagne de mesures explosives : dissolution des partis politiques, durcissement de leurs conditions de création, et suspension des scrutins jusqu’à une hypothétique « pacification ». Derrière ces décisions, c’est une ambition claire : ancrer un pouvoir militaire au mépris des aspirations démocratiques du peuple malien.

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte a manqué sa promesse de rendre le pouvoir aux civils en mars 2024, prolongeant une transition déjà chaotique. Cette concertation, boycottée par la plupart des formations politiques, n’est qu’un simulacre de dialogue. Elle s’appuie sur la crise sécuritaire qui ronge le pays depuis 2012 – violences djihadistes, conflits communautaires – pour justifier une dérive autoritaire. La junte prétend que la stabilité prime sur la démocratie, mais ce raisonnement est un piège. La suspension des élections, tant que le Mali n’est pas « pacifiée », risque de devenir une excuse permanente dans un pays où la paix reste un horizon lointain.

Ce scénario n’est pas isolé. Avec le Burkina Faso et le Niger, également dirigés par des juntes, le Mali forme l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération qui a tourné le dos à l’Occident pour s’aligner sur la Russie. Cette alliance, symbolisée par le retrait de la force française Barkhane, reflète un rejet des modèles démocratiques imposés, mais elle s’accompagne d’une répression croissante. À Bamako, une rare manifestation samedi, sous haute surveillance, a vu des opposants comme Mohamed Salia Touré dénoncer une « faute historique ». Sur X, des Maliens s’indignent : « Supprimer le multipartisme, c’est trahir 2012 », rappellent-ils, évoquant les espoirs nés de la chute d’Amadou Toumani Touré.

Mais ce choix a un prix. En sacrifiant la démocratie, la junte s’isole internationalement et risque d’alimenter les tensions internes. La dissolution des partis, déjà à l’œuvre au Niger et au Burkina, pourrait pousser une jeunesse malienne, déjà frustrée, vers la radicalisation ou la contestation. Goïta, en validant ces recommandations, jouerait son va-tout : légitimer son pouvoir par la force plutôt que par le suffrage. Pourtant, l’histoire malienne montre que les régimes autoritaires finissent par s’effriter face à la volonté populaire.

Ce virage autoritaire est un pari risqué. La junte mise sur la sécurité pour justifier son emprise, mais la paix ne se décrète pas par décret. Le Mali a besoin d’unité, pas de division imposée. Si Goïta opte pour cette voie, il pourrait gagner du temps, mais il perdra l’âme d’une nation forgée dans la lutte pour la liberté. Le véritable défi sera de prouver que la stabilité peut naître d’un dialogue inclusif, et non d’une main de fer. Sinon, le Mali risque de devenir le miroir d’un Sahel où la démocratie cède sous les bottes militaires.  Riad

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