Alors que l’entité israélienne et le Maroc ont officiellement normalisé leurs relations en décembre 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, cette annonce masque une réalité bien plus ancienne : plus de soixante ans de coopération secrète, tissée dans l’ombre des conflits régionaux et des jeux géopolitiques.
Dès les années 1960, sous le règne d’Hassan II, le Maroc et l’entité israélienne ont bâti une relation symbiotique, fondée sur des intérêts communs et une méfiance partagée envers les régimes arabes radicaux. Le roi marocain, bien que publiquement aligné sur la cause palestinienne, a permis l’émigration de dizaines de milliers de Juifs marocains vers Israël via l’opération Yachin (1961-1964), en échange de compensations financières et d’une assistance militaire israélienne. Cette opération a facilité le départ de près de 90 000 Juifs, consolidant ainsi des liens humains et culturels durables.
En 1965, Hassan II a autorisé le Mossad à espionner les dirigeants arabes réunis lors du sommet de la Ligue arabe à Casablanca. Les enregistrements obtenus ont révélé les divisions et les faiblesses militaires des pays arabes, contribuant directement à la victoire éclair de l’entité israélienne lors de la guerre des Six Jours en 1967. En retour, l’entité israélienne a aidé le Maroc à éliminer Mehdi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine en exil, en 1965. Le Maroc a également joué un rôle de médiateur discret dans les conflits régionaux. En 1977, Rabat a accueilli des pourparlers secrets entre l’Égypte et l’entité israélienne, ouvrir la voie aux accords de Camp David et la normalisation des relations entre Israël et le premier État arabe à signer la paix avec l’État hébreu.
Dans les années 1990, le Maroc a maintenu des canaux secrets avec l’entité israélienne, notamment via l’ouverture de bureaux de liaison à Tel-Aviv et Rabat en 1994. Même après leur fermeture lors de la seconde Intifada en 2000, les échanges économiques, touristiques et sécuritaires se sont poursuivis, illustrant la résilience de cette alliance.
La signature des accords d’Abraham en 2020 n’a fait qu’entériner une réalité longtemps occultée. Cette normalisation a ouvert la voie à une coopération militaire et technologique sans précédent : Le Maroc est devenu le troisième client de l’entité israélienne en matière d’armement pour un milliard de dollars. L’ouverture d’une usine de drones au Maroc, renforçant l’autonomie stratégique du royaume.
Alors que les pays du monde dénoncent un génocide à Gaza et l’opposition d’une large partie de l’opinion publique marocaine (75 % des Marocains sont contre la normalisation, la coopération sécuritaire entre l’entité israélienne et le Maroc n’a pas faibli. L’entité israélienne, de son côté, trouve dans le Maroc un allié stable face à l’expansionnisme iranien et un pont vers l’Afrique.
- Par Belkacem






























