MOSTAGANEM : Le mausolée de Sidi Abdelkader : traditions disparues et mémoire populaire

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Au cœur de l’ancien quartier de Tigditt, à Kadous El Meddah, à Mostaganem, se trouve le mausolée de Sidi Abdelkader, un ancien lieu de mémoire qui témoigne de la richesse du patrimoine spirituel et culturel de la ville. Connu des anciens habitants, ce sanctuaire reste associé à plusieurs traditions populaires qui ont longtemps rythmé la vie du quartier.

Parmi ces pratiques figurait une célébration annuelle organisée par les membres du Diwane Karkabou, aujourd’hui disparue, mais toujours présente dans les souvenirs de ceux qui l’ont connue. À l’époque, les membres du Diwane cotisaient pour acheter collectivement un veau destiné au sacrifice, prévu à la plage de Sidi El Mejdoub, dans un lieu appelé « El Gasaa ». Avant la cérémonie, les membres du Diwane parcouraient différents quartiers de Mostaganem, accompagnés du veau, afin de solliciter les dons des habitants pour l’achat des denrées nécessaires à la préparation de la fête. Cette démarche permettait également d’inviter la population à participer aux festivités organisées autour du mausolée. La célébration s’étalait sur trois jours et réunissait de nombreuses familles, des habitants de Mostaganem, ainsi que des visiteurs venus d’autres régions. Les femmes participaient notamment à la préparation du couscous et des différents plats traditionnels servis durant la manifestation. À la tombée de la nuit, l’ambiance devenait particulièrement festive. Les membres du Diwane entamaient leurs chants et leurs danses au rythme des karkabous, tandis que des groupes invités d’autres wilayas prenaient également part aux prestations musicales. Les veillées se prolongeaient jusqu’à l’aube, accompagnées par les youyous des femmes et les rythmes des instruments traditionnels. Les repas étaient partagés entre les participants et les visiteurs. Certains invités venus de loin passaient même la nuit à l’intérieur du mausolée, selon les témoignages rapportés par les anciens. Cette hospitalité traduisait l’importance accordée à l’accueil, au partage et à la solidarité dans les traditions de Tigditt. Avec le temps, ces coutumes ont progressivement disparu. Le sacrifice annuel, les collectes de dons, les repas collectifs et les veillées musicales ne font désormais plus partie de la vie du sanctuaire. Les transformations sociales et l’évolution des modes de vie ont contribué à l’effacement de cette manifestation qui constituait autrefois un rendez-vous important pour les habitants mostaganemois. Aujourd’hui, le mausolée de Sidi Abdelkader demeure généralement déserté. De temps à autre, quelques habitants viennent encore s’y recueillir, témoignant d’un attachement qui, malgré les années, n’a pas totalement disparu. Au-delà de sa dimension religieuse, le mausolée constitue ainsi un véritable lieu de mémoire de l’histoire populaire de Tigditt. Il rappelle une époque où musique, solidarité, hospitalité et traditions collectives occupaient une place importante dans la vie des habitants. La préservation de cette mémoire passe notamment par la collecte des témoignages des anciens et la documentation de ces pratiques aujourd’hui disparues. Une telle démarche permettrait aux jeunes générations de mieux connaître ce patrimoine et de conserver la trace des chants, des danses et des traditions qui ont marqué la vie sociale et culturelle de Mostaganem. Par Tayeb Bey Abdelkader

 

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