Pourquoi l’Iran a-t-il ciblé les infrastructures des Émirats ?

0
357
Dans la nuit du 28 février 2026, des explosions et des interceptions de missiles ont secoué Dubaï, Abou Dhabi et d’autres villes du Golfe. Ce n’était pas un accident collatéral : c’était la mise en œuvre d’une menace proférée trois semaines plus tôt, le 3 février, sur la chaîne (Afaq), affiliée aux Gardiens de la Révolution iraniens.

L’analyste Mostafa Khoshcheshm y avait désigné nommément cinq zones économiques et technologiques de Dubaï comme « cibles légitimes » en cas d’attaque américaine contre l’Iran : la zone franche de l’aéroport de Dubaï, le Dubai International Financial Centre (DIFC), Dubai Internet City, Dubai Silicon Oasis et la zone franche de Jebel Ali.

Pourquoi ces cibles civiles et économiques plutôt que des bases militaires américaines pures ? La réponse tient à la fois dans la doctrine de dissuasion asymétrique iranienne et dans une lecture très politique de la géopolitique régionale.

D’abord, « l’Iran perçoit les Émirats comme une extension du pouvoir américain ». Khoshcheshm l’a formulé crûment : les Émirats seraient devenus « le 51ᵉ État des États-Unis ». Cette hyperbole reflète la vision dominante à Téhéran selon laquelle Abou Dhabi et Dubaï ont offert aux États-Unis un hub logistique, financier et technologique irremplaçable au Moyen-Orient. Al Dhafra (base aérienne US), les ports de Jebel Ali (premier port commercial du Golfe, pivot des exportations pétrolières et des chaînes logistiques américaines), le DIFC (centre financier qui héberge des filiales de banques US et sert de passerelle pour les flux de capitaux), Dubai Internet City et Silicon Oasis (où Meta, Google, Microsoft, IBM et des centaines d’entreprises tech américaines ont des bureaux majeurs) : toutes ces infrastructures sont vues comme des « artères vitales » de l’influence américaine dans la région.

En les menaçant, l’Iran adopte une stratégie classique de « frappe à la source de la puissance ennemie » : punir non seulement l’agresseur direct (Washington), mais aussi ses facilitateurs économiques. C’est une manière de dire : « Si vous nous frappez, nous frapperons là où cela vous fait le plus mal. »

L’Iran évite (pour l’instant) de viser directement des civils émiratis ou des sites purement souverains. Il cible des zones « américanisées » ou mixtes, où les dommages économiques seraient colossaux pour les États-Unis et leurs alliés, tout en limitant les risques d’une riposte massive des Émirats eux-mêmes. Cette approche asymétrique – frapper les « nœuds » économiques plutôt que les armées – est cohérente avec la doctrine iranienne depuis des décennies.

C’est aussi un message symbolique et psychologique adressé à la fois aux États-Unis et aux pays du Golfe. L’Iran a prévenu : « Vos alliances avec Washington ont un prix ». Les Émirats, qui ont normalisé leurs relations avec Israël (Accords d’Abraham) et maintenu des liens étroits avec les États-Unis malgré les tensions régionales, sont perçus à Téhéran comme des « traîtres » à la cause arabe ou musulmane. Frapper Dubaï, symbole mondial de luxe.

Avec la riposte iranienne qui a déjà causé des dommages collatéraux, la menace est devenue réalité. Mais elle pose une question cruciale : jusqu’où ira cette spirale ? Les Émirats, comme le Qatar ou Bahreïn, se retrouvent otages d’un conflit qu’ils n’ont pas initié. Leur rôle de pro-occidentaux) les expose désormais directement.

  • Par Belkacem

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici