Torture en Algérie : la France face à ses fantômes (Vidéo)

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Soixante-trois ans après l’indépendance de l’Algérie en 1962, les voix dénonçant les exactions de l’armée française durant la guerre (1954-1962) refusent de se taire. Officiels algériens, membres de la société civile et historiens continuent d’exiger une reconnaissance officielle des crimes commis par la France coloniale. Mais ce qui résonne aujourd’hui avec une force particulière, ce sont les aveux des anciens officiers français eux-mêmes, témoins ou acteurs de ces atrocités, qui brisent le mur du silence. Ces confessions, loin de clore le débat, ravivent un drame que la France peine encore à nommer.

Parmi ces voix, celle de Jean-Marie Le Pen, ancien parachutiste et figure controversée de l’extrême droite française, glace le sang. Interviewé par de grands médias français en 2002, il a admis, avec un sang-froid glaçant, avoir exécuté 24 Algériens de ses propres mains, sans exprimer le moindre regret pour ces « actes barbares ». Ces déclarations, qui ont scandalisé l’opinion publique, ne sont pas isolées. Le général Paul Aussaresses, ancien responsable des services de renseignement à Alger, avait lui aussi confessé en 2000, dans « Le Monde » et «  Europe 1 », avoir ordonné tortures et exécutions sommaires, revendiquant 24 assassinats par « rafale ». Ses aveux, détaillés dans son livre « Services spéciaux, Algérie 1955-1957 », ont provoqué une onde de choc, forçant la France à regarder en face une réalité longtemps occultée.

Ces témoignages militaires trouvent un écho dans ceux des victimes et des survivants. Le journaliste Henri Alleg, arrêté et torturé en 1957 par l’armée française, avait publié dès 1958 « La Question » (Éditions de Minuit), un ouvrage qui dénonçait avec une précision implacable les sévices infligés aux indépendantistes algériens. En 2005, sur le plateau de TV5 Monde, Alleg, alors âgé de 84 ans, avait réitéré son récit, rappelant l’urgence de sensibiliser l’opinion publique à ces violences. De même, l’ancien capitaine Pierre-Alban Thomas, indigné par les confessions d’Aussaresses, a apporté son propre témoignage sur les exactions commises sous les ordres des généraux, confirmant l’institutionnalisation de la torture comme arme de guerre.

Ces révélations, aussi accablantes soient-elles, butent sur le refus persistant de la France officielle de reconnaître pleinement sa responsabilité. Si des pas ont été faits – comme le rapport de Benjamin Stora en 2021 ou les excuses d’Emmanuel Macron en 2022 pour l’assassinat de Maurice Audin –, ils restent insuffisants aux yeux de l’Algérie, qui réclame une repentance claire pour les massacres, les disparitions forcées et les tortures infligées à des centaines de milliers de personnes. Les appels des officiels algériens, relayés par toutes les couches de la société, se heurtent à une frilosité française, tiraillée entre devoir de mémoire et crainte de rouvrir des blessures politiques internes.

Ce drame, qui « ne dit pas son nom », comme le souligne si justement la formule, est une plaie ouverte pour les deux nations. La France, en refusant d’affronter pleinement ce passé, se prive d’une réconciliation véritable avec l’Algérie et avec sa propre histoire. Les voix des tortionnaires comme Le Pen et Aussaresses, mais aussi celles des victimes comme Alleg, nous rappellent une vérité incontournable : on ne construit pas l’avenir sur le déni. Il est temps pour la France de regarder ce miroir sans détour, au risque sinon de voir ce passé hanter encore longtemps les générations futures.

                                                  Riad

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