Relance du projet TSGP – Nigeria – Niger – Algérie – Europe : opportunités et contraintes

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Suite à la visite du président du Niger en Algérie les 15/16 février 2026  pour le président algérien,   je le cite «   nous avons convenu de lancer le projet de construction du gazoduc TSGP traversant le territoire nigérien. Immédiatement après le Ramadan, les procédures pratiques seront lancées pour commencer la construction du gazoduc sur le territoire nigérienLe groupe Sonatrach va prendre les choses en main. Il va entamer les travaux de réalisation du gazoduc au Niger »

Par Abderrahmane MEBTOUL

professeur des universités, expert international

1.-Pour pouvoir honorer ses engagements internationaux, la politique énergétique de l’Algérie doit, maitriser les coûts d’exploitation,  investir dans les énergies traditionnelles, impliquant d’attirer les investissements étrangers, revoir son modèle de consommation énergétique  et    rationaliser la consommation intérieure, qui représente plus de 40 % de la production des hydrocarbures, liée à la politique des subventions généralisées et sans ciblage, source de gaspillage. La production totale en 2024/2025 du gaz naturel, par exemple, est d’environ 110 milliards de mètres cubes gazeux et se répartit comme suit : 40 % consommation intérieure, 50 % exportation et 10 % injection dans les puits afin d’éviter leur épuisement, la norme internationale étant de 15/20 %. Les prévisions de Sonelgaz tablent sur 80 milliards de mètres cubes gazeux pour la consommation intérieure du fait de la forte pression démographique à l’horizon 2030 (plus de 50 millions d’habitants) et de l’entrée en production de nombreux projets énergivores. Dans le cadre du mix énergétique, Sonatrach entend axer sa politique sur la diminution des gaz torchés, la réduction de l’empreinte carbone et son positionnement comme acteur efficace au sein de la chaîne de valeur internationale de l’ensemble des énergies.   Par ailleurs, outre le développement d l’énergie nucléaire à des fins pacifiques  en accord avec l’AIE   , sous réserve d’un dialogue social avec les populations du Sud, afin d’éviter de polluer les nappes phréatiques et donc de protéger l’environnement, il est possible d’envisager l’exploitation du gaz de schiste, dont l’Algérie est le troisième réservoir mondial, avec une réserve estimée à 19 500 milliards de mètres cubes gazeux.  L’Algérie entend  également favoriser les interconnexions électriques entre l’Algérie et l’Europe, grâce à des centrales hybrides solaire-gaz, au développement de l’hydrogène , l’Algérie bénéficiant d’un ensoleillement de 3 000 heures par an, soit l’équivalent de 2 000 kWh par m², l’objectif étant  d’atteindre 35 % de la couverture des besoins intérieurs à l’horizon 2030/2035, avec une partie exportable de 10 000/11 000 MW (source : ministère de l’Énergie), grâce aux interconnexions, parallèlement au développement de l’hydrogène vert, bleu et blanc pour couvrir 10/15 % des besoins de l’Europe. Selon différents rapports du ministère de l’Énergie, ce projet permettrait à l’Algérie d’honorer ses engagements internationaux en matière d’exportation de gaz, où ses  réserves de gaz conventionnel du sont estimées à environ 2 400 milliards de mètres cubes et 11/12 milliards de barils de pétrole.  Selon la majorité des observateurs internationaux, l’Algérie peut devenir un acteur majeur de l’approvisionnement énergétique de l’Europe, grâce à un partenariat gagnant-gagnant. C’est dans ce cadre  que  s’est tenue, le 12 février 2026, la 6e réunion du dialogue politique de haut niveau sur l’énergie entre l’Algérie et l’Union européenne (UE), sous la coprésidence du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, du ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, et du commissaire européen chargé de l’Énergie et du Logement pour l’Union européenne, Dan Jorgensen, réaffirmant un partenariat stratégique.  Les prévisions du ministère algérien de l’Énergie donnent  une production de 200 milliards de mètres cubes gazeux horizon 2030  supposant 100 milliards de mètres cubes gazeux d’exportation, ce qui nécessitera d’importants investissements  étrangers, la marge de financement de Sonatrach étant limitée, du fait qu’en 2025 les exportations n’ ont été que d’environ 50 milliards de mètres cubes gazeux..

2.-Et  c’est dans ce cadre que rentre le projet TSGP – Nigeria Algérie -Europe    dont les longueurs des canalisations  sont de 1037 km en territoire nigérian, 841 km au Niger et 2 310 km en Algérie. Il reste à réaliser 100 km au Nigeria, la totalité du tracé au Niger ainsi que 700 km en Algérie, soit un total de 1 641 km( source  ministre des hydrocarbures  APS 2024) . Lors de l’accord d’entente signé le 3 juillet 2009, son coût était estimé entre 10 et 11 milliards de dollars, mais cela remonte à plus de 10 ans. En 2020, une étude de l’Institut Français des relations internationales  avance un montant moindre, entre 14 et 15 milliards de dollars, d’autres sources  environ 20 milliards de dollars fin 2024,  avec une  durée de réalisation  estimée entre 4 et 5 ans.  Ce gazoduc doit partir de Warri, au Nigeria, pour aboutir à Hassi R’Mel, en passant par le Niger. Il pourrait être relié au Transmed, la plus grande canalisation d’un looping GO3, permettant d’augmenter la capacité de 7 milliards de mètres cubes, qui s’ajoutent aux 26,5 milliards déjà transportés par GO1 et GO2, portant la capacité totale à 33,5 milliards de mètres cubes. Ce gazoduc s’étend sur 550 km en territoire algérien et 370 km en territoire tunisien, jusqu’à l’Italie.  Ce projet est stratégique pour l’Algérie, qui  est un acteur majeur pour  l’approvisionnement de  l’Europe. Cela explique,,     l’entente récente entre l’Algérie et le Niger, où le président algérien a ordonné le retour immédiat de son ambassadeur à Niamey, un geste présenté comme une normalisation qui s’appuie, outre l’aspect sécuritaire — l’Algérie partageant avec le Niger plus de 950 km de frontières — essentiellement sur la coopération énergétique Ainsi, la  visite en Algérie du président du Niger  les 15/16 février 2026 a permis selon l’APS  de relancer  deux grands dossiers, l’exploitation conjointe par Sonatrach et Sonidep d’un champ pétrolier au Nord du Niger et la réalisation du gazoduc TSGP devant acheminer le gaz du Nigeria jusqu’en Europe via le Niger et l’Algérie. Le Niger étant en crise  financière , Pour le président algérien, suite à cette visite  je le cite «   nous avons convenu de lancer le projet de construction d’un gazoduc traversant le territoire nigérien. Immédiatement après le Ramadan, les procédures pratiques seront lancées pour commencer la construction du gazoduc sur le territoire nigérien….. Le groupe Sonatrach va prendre les choses en main. Il va entamer les travaux de réalisation du gazoduc au Niger » Cela fait suite  où le 11 février 2026 de la visite du  ministre algérien de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab au Niger,   qui avait été consacré à l’examen du gazoduc continental TSGP, réunissant du côté algérien le ministre d’État, ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, Mohamed Arkab, du ministre du Pétrole de la République du Niger, Sahabi Oumarou, et du ministre d’État chargé des Ressources pétrolières de la République fédérale du Nigéria, Ekperikpe Ekpo, cette rencontre ayant  été précédée d’une réunion regroupant les groupes de travail et les experts des trois pays, y compris des représentants de Sonatrach, Sonidep (Niger) et NNPC (Nigéria). Le groupe Sonatrach, fort de son expérience dans les projets énergétiques d’envergure, a réaffirmé sa détermination à mener à bien cette initiative.   L’idée d’un gazoduc reliant le Nigéria à l’Algérie a germé dans les années 1980, et est toujours en projet en ce mois de février 2026. Le 3 juillet 2009, a été signé un protocole d’accord pour la réalisation de ce projet avec l’Algérie. En juillet 2016, à l’occasion du 27e sommet ordinaire de l’Union africaine, le Nigéria a réaffirmé sa volonté d’engager le lancement du gazoduc transsaharien, prévu d’être détenu à 90 % par Sonatrach et la NNPC, et à 10 % par la Compagnie nationale du pétrole du Niger. Le 22 septembre 2021, le ministre du pétrole de la République du Nigéria, Timipre Sylva, a annoncé que son pays allait entamer la construction d’un gazoduc pour transporter le gaz nigérian vers l’Algérie. Le 18 février 2022, une feuille de route a été approuvée par les représentants du Niger, de l’Algérie et du Nigéria.  Suite à la réunion tenue à Niamey, au Niger, le 16 février 2022, une feuille de route a été définie pour réaliser ce chantier. Le 21 juin 2022, une réunion tripartite Algérie-Niger-Nigéria s’est tenue dans la capitale du Nigéria, regroupant les ministres en charge de l’Énergie des trois pays, s’inscrivant dans le cadre de la reprise des discussions au sujet du projet du gazoduc Transsaharien (TSGP). Les ministres ont examiné l’état d’avancement des décisions prises lors des précédentes réunions et les prochaines étapes devant aboutir à la réalisation du projet, ayant convenu d’actualiser l’étude de la faisabilité de ce projet.  En juillet 2022, lors de la 3ᵉ réunion ministérielle concernant ce projet, a eu lieu la signature d’un mémorandum d’entente entre les trois pays, à travers lequel ils ont réaffirmé « leur engagement à poursuivre la coordination et l’action commune pour la réalisation de ce projet ».

. 3.-Les cinq conditions de la rentabilité de ce projet  la  rentabilité ce  projet

Premièrement, la faisabilité implique la détermination du seuil de rentabilité en fonction de la concurrence d’autres producteurs, du coût et de l’évolution du prix du gaz. Ces éléments influencent la prise de décision concernant le lancement d’un tel investissement. C’est pourquoi une étude de marché est nécessaire pour évaluer la demande en gaz avant de trancher sur l’opportunité de s’engager dans ce projet. Le bureau d’études Penspen, chargé d’actualiser les études de faisabilité, devra confirmer la viabilité technique et économique du TSGP avant toute opérationnalité, comme l’avait annoncé le PDG de Sonatrach le 11 février 2025.

Deuxièmement, la sécurité constitue un enjeu majeur, le projet traversant plusieurs zones instables, particulièrement pour le tracé passant par le Maroc, davantage exposé que celui de l’Algérie. Ces zones peuvent compromettre la fiabilité du projet en raison de la présence de groupes armés susceptibles de perturber la fourniture et l’approvisionnement en gaz. Il sera donc nécessaire d’impliquer les États traversés dans des négociations pour l’octroi du droit de passage (paiement de royalties) et d’évaluer les risques économiques, politiques, juridiques et sécuritaires.

Troisièmement, la mobilisation du savoir-faire et du financement pose problème, notamment en raison de la situation économique du Niger, lourdement endetté. Il serait donc nécessaire d’impliquer d’éventuels groupes internationaux dans le financement du projet.

Quatrièmement,  l’on devra tenir compte  des  récents accord Europe USA pour l’approvisionnement en gaz de schiste pour 250 milliards de dollars par  an ,  en cas de résolution du conflit avec l’Ukraine du retour du gaz russe avec des coûts bas où la capacité du South Stream de 63 milliards de mètres cubes gazeux, du North Stream1 de 55 et du North Stream2 de 55 milliards de mètres cubes gazeux, (actuellement gelé depuis les tensions avec l’Ukraine,  sans compter  le plus grand concurrent de l’Algérie et du Maroc ,  la Libye premier réservoir de pétrole de l’Afrique pour une population de moins  de 7 millions d’habitants,  48 milliards de barils et 1500 milliards de mètres cubes gazeux   exploité à peine à 5% et de nouveaux producteurs  en Afrique  le Mozambique , plus de 5000 milliards de mètres cubes gazeux de réserve, misant sur les exportations massives de  GNL, et la mise en exploitation récente de l’important gisement Mauritanie /Sénégal à l’Île de la Tortue.

Cinquièmement, le Nigeria à ne pas confondre avec le Niger qui est seulement un lieu de transit,   principal pourvoyeur  de ce projet ( 5500 milliards de mètres cubes gazeux de réserves)    doit  éclaircir définitivement sa position et choisir soit l’Algérie, soit le Maroc, car ayant signé plusieurs mémorandums tant avec l’Algérie qu’avec le Maroc ,en rappelant qu’un mémorandum n’est pas un contrat définitif, mais en n’oubliant jamais que le principal client c’est l’Europe. Il est donc indispensable d’associer le partenaire européen, principal client du gazoduc. Sans son accord, il sera difficile de rentabiliser ce projet et devant tenir compte de la politique énergétique européenne qui mise sur la transition énergétique pour couvrir ses besoins à 50% entre 2030/2035.

En conclusion

Comme le démontre une importante étude de l’institut de stratégie –  l’IRIS ,Paris , le gazoduc reliant le Nigéria à l’Europe  est l’objet d’enjeux géostratégiques importants pour la région, car l’énergie, autant que l’eau, est au cœur de la souveraineté des États et de leurs politiques de sécurité, les nouvelles dynamiques économiques modifiant les rapports de force et affectant également les recompositions politiques à l’intérieur des États comme à l’échelle des espaces régionaux.

 

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