Au cœur de la ville de Mostaganem, le quartier d’El Matmar demeure l’un des anciens quartiers populaires qui ont marqué l’histoire et la mémoire collective de la cité. Entouré de plusieurs autres quartiers historiques, il se distingue par son identité particulière, son activité commerciale et la richesse de son patrimoine architectural et religieux. Ses ruelles, ses édifices anciens et les souvenirs transmis par ses habitants témoignent d’une longue évolution urbaine, depuis les périodes anciennes jusqu’à l’époque contemporaine.
L’histoire d’El Matmar est étroitement liée à celle de Mostaganem. Des recherches consacrées à la ville traditionnelle évoquent ce secteur comme un ancien espace urbain associé à la rive droite de l’oued de Ain Sefra et au développement des quartiers historiques. Le nom d’El Matmar est également lié à une ancienne vocation commerciale, notamment au commerce des grains, qui occupait une place importante dans la vie économique de la ville. Au fil des siècles, le quartier a connu les transformations successives de Mostaganem, tout en conservant une partie de son caractère populaire et de son organisation traditionnelle. Parmi les lieux qui donnent à El Matmar son importance historique figure le mausolée de Sidi Abdallah, et Sidi Hamadouche considérés par les habitants comme des lieux spirituel emblématique du quartier. À proximité se trouve une grande zaouïa, qui rappelle le rôle joué par les institutions religieuses dans la transmission des savoirs, des traditions et des valeurs de solidarité. Ces lieux constituent une partie importante de la mémoire religieuse et sociale de Mostaganem et mériteraient une meilleure documentation historique ainsi qu’une valorisation adaptée. Le patrimoine du secteur est également associé à la mémoire de l’époque ottomane et à la présence de monuments liés à l’histoire des beys de Mostaganem. Le bey Mustapha Bouchelaghem, figure marquante de l’histoire de la région, est notamment lié à la ville et à plusieurs éléments de son patrimoine. La tradition locale évoque la présence d’un palais de Bouchelaghem dans le secteur d’El Matmar. La période coloniale a, pour sa part, profondément transformé l’organisation urbaine de Mostaganem. Les anciens habitants évoquent notamment le souvenir d’une grande porte appelée Bab El Arsa, qui aurait marqué le passage entre El Matmar et le quartier d’El Arsa ou des soldats français mènent 24 sur 24 une surveillance. Le secteur a également connu l’installation d’infrastructures militaires, parmi lesquelles l’ancien bâtiment du Génie militaire la ou les soldats passe leurs nuits.. El Matmar reste aussi un quartier de souvenirs d’enfance pour de nombreuses familles mostaganémoises. Parmi les établissements scolaires évoqués par les anciens habitants figurent les écoles Franz Fanon, destinée aux filles, et Sidi Abdallah, fréquentée par les garçons. Ces établissements occupaient une place importante dans la vie quotidienne du quartier et ont contribué à la formation de plusieurs générations. Leur histoire constitue une partie de la mémoire scolaire locale qui mériterait d’être recueillie auprès des anciens élèves, des enseignants et des familles. Sur le plan économique, El Matmar conserve une vocation commerciale qui s’inscrit dans la continuité de son histoire. Ses commerces et ses différentes activités contribuent à maintenir une animation quotidienne et à préserver les liens sociaux entre les habitants. Le quartier représente ainsi un espace où se mêlent les fonctions résidentielles, commerciales et patrimoniales, dans une proximité caractéristique des anciens quartiers de Mostaganem. L’un des monuments les plus remarquables associés à ce secteur demeure le Bordj Ettork, également connu sous le nom de Fort de l’Est. Édifié sur les hauteurs, cet ouvrage militaire bénéficie d’une position dominante sur une partie de la ville de Mostaganem. Son emplacement stratégique témoigne de l’importance défensive de la cité à travers les siècles. Des recherches historiques attribuent sa construction à Hamid El Abd et sa modernisation au bey Mustapha Bouchelaghem. Ce monument constitue aujourd’hui un élément important du patrimoine historique mostaganémois et mérite une attention particulière dans toute démarche de valorisation du quartier. Malgré cette richesse historique et patrimoniale, les habitants d’El Matmar expriment des préoccupations concernant leur cadre de vie. L’état de certaines routes, l’insuffisance des trottoirs, les besoins en éclairage public et les difficultés liées à l’aménagement urbain figurent parmi les problèmes signalés. Ces situations affectent la circulation des piétons, la sécurité des riverains et l’image générale du quartier, notamment dans un secteur fréquenté quotidiennement par les habitants et les commerçants. La valorisation d’El Matmar ne devrait donc pas se limiter à ses monuments historiques. Elle devrait également prendre en compte les conditions de vie de la population, l’entretien des espaces publics et la réhabilitation des voies de circulation. Une intervention adaptée permettrait de préserver le caractère ancien du quartier tout en répondant aux besoins actuels de ses habitants. La sauvegarde de la mémoire d’El Matmar passe enfin par un travail approfondi de recherche et de documentation. La consultation des archives, l’étude des anciens plans de Mostaganem et la collecte des témoignages des anciens habitants pourraient contribuer à mieux connaître l’origine du quartier, l’histoire de ses monuments et les transformations qu’il a connues au fil du temps. El Matmar n’est pas seulement un ancien quartier populaire situé au cœur de Mostaganem. Il représente une partie de l’identité historique, culturelle et sociale de la ville. Par Tayeb Bey Abdelkader




























