Senat : 145 candidats écartés pour « argent sale »

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Les chiffres dévoilés par l’Autorité Nationale Indépendante pour les Élections (ANIE) à l’issue du dépôt des candidatures pour le renouvellement partiel du Sénat algérien, prévu le 9 mars, révèlent une réalité troublante : près d’un tiers des dossiers ont été rejetés, dont 145 directement liés à de « l’argent corrompu » et à des « activités suspectes ». Sur 629 candidatures enregistrées, seules 426 ont franchi l’étape de validation, illustrant une sélectivité inédite. Derrière cette rigueur affichée se cache un mal profond : l’infiltration de l’argent sale dans le jeu démocratique, phénomène qui gangrène la crédibilité des institutions.

Si l’ANIE salue « l’éthique » de son processus de filtrage – avec des rejets motivés par l’absence de certificats de parti (54 cas) ou des irrégularités fiscales (4 dossiers) –, c’est bien la proportion massive des candidatures écartées pour corruption qui interpelle. Ces 145 dossiers litigieux soulèvent une question cruciale : comment des personnalités aux pratiques financières opaques ont-elles pu initialement prétendre représenter le peuple ? La réponse est connue : l’argent reste un levier de pouvoir, utilisé pour acheter des soutiens, influencer des partis, ou contourner les règles.

Les multiples recours juridiques (164 devant les tribunaux administratifs, 127 en appel, 3 au Conseil d’État) et leur rejet massif confirment que les preuves sont accablantes. Mais cette transparence postérieure ne suffit pas. L’enjeu est de prévenir plutôt que guérir : comment bloquer en amont les flux d’argent illicite ? Les contrôles fiscaux renforcés et la traçabilité des financements de campagne sont des pistes, mais leur application se heurte à des réseaux bien rodés.

Le phénomène de l’argent sale dans les élections n’est pas une exception algérienne, mais il y prend une ampleur alarmante. Il fausse la concurrence démocratique, exclut les candidats intègres dépourvus de moyens occultes, et entretient un climat de défiance envers la classe politique. Quand près de 27 241 électeurs (membres des assemblées locales) sont appelés à choisir leurs représentants, la légitimité du futur Sénat dépendra de leur capacité à résister aux pressions matérielles.

L’ANIE, en rejetant sans complaisance ces candidatures souillées, envoie un signal fort. Mais pour restaurer la confiance: sanctions pénales exemplaires contre les acheteurs de voix. La démocratie ne se réduit pas à des bulletins dans l’urne : elle exige des comptes clairs, et des candidats propres.

Les 145 dossiers rejetés pour « liens avec de l’argent corrompu » ne sont que la partie émergée d’un iceberg. L’argent sale, qu’il provienne de détournements, de trafics ou de privilèges occultes, pervertit le processus électoral en achetant des loyautés et en marginalisant les voix honnêtes. Ces candidats disqualifiés symbolisent un système où la richesse illégitime prime sur le mérite. Pourtant, chaque élection devrait être un combat d’idées, non un marché aux influences. Tant que les financements opaques ne seront pas traqués à la source, via des mécanismes de transparence radicale, la suspicion planera sur les urnes.  Riad

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