Le Président Tebboune fixe le cap économique : défis et promesses

0
265

Ce dimanche, au Centre International de Conférences (CIC) d’Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a présidé la deuxième rencontre annuelle avec les opérateurs économiques, une plateforme désormais incontournable pour dessiner l’avenir économique du pays. Dans un discours volontariste, le chef de l’État a tracé les grandes lignes de son ambition pour son second mandat : faire de l’Algérie un pays émergent d’ici 2027, avec un PIB de 400 milliards de dollars. Mais derrière les objectifs chiffrés et les promesses d’un “nouveau climat” pour les affaires, se dessine un défi de taille : réformer une économie encore marquée par les stigmates de la corruption et des pratiques opaques.

Le dossier ALGEX, est clos

Tebboune n’a pas mâché ses mots. Le dossier ALGEX, l’agence algérienne de promotion des exportations, est clos, a-t-il assuré, promettant d’éradiquer les “dinosaures” qui ont freiné les ambitions exportatrices du pays. Avec 7 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, l’Algérie avait pourtant marqué des points ces dernières années, avant un récent recul attribué à des “circonstances objectives”. Mais le président veut aller plus loin : il appelle à la création d’une autorité d’exportation pour réguler les transactions et mettre fin à des pratiques scandaleuses, comme l’exportation de dattes à 40 dinars – un “crime contre l’Algérie”, selon ses termes. La transparence, leitmotiv de son intervention, doit aussi s’appliquer aux importations, avec la création prochaine de deux organismes pour encadrer ces flux avant la fin mai.

L’industrie, moteur du développement, est au cœur de cette vision. Tebboune ambitionne de porter sa part dans le PIB à 13-14 %, contre 5 % actuellement, et s’appuie sur 13 700 projets d’investissement recensés, d’une valeur de 6 milliards de dinars. Mais pour que ces projets voient le jour, il faut lever les obstacles bureaucratiques. Le président a fustigé la “terrible contradiction” entre les milliers de projets enregistrés par l’Agence de promotion des investissements (API) et l’indisponibilité des terrains nécessaires à leur réalisation. Sa solution ? Un guichet unique, censé fluidifier les démarches et libérer les initiatives, tout en luttant contre la spéculation immobilière qui “freine le pays”.

Pas d’importation  de pommes de terre

Le chef de l’État a salué le dynamisme des startups et appelé les opérateurs à investir dans des secteurs stratégiques, comme le transport maritime ou la création de banques privées, pour mobiliser les “fonds stockés dans les sous-sols”. Le tourisme, autre levier de croissance, bénéficie de nouvelles facilités – visas délivrés directement dans les aéroports – pour attirer les investisseurs. “Que nous demande-t-on de plus ?”, a-t-il lancé, invitant à un sursaut patriotique pour faire décoller ce secteur.

Mais Tebboune n’a pas esquivé les sujets qui fâchent. La surfacturation, fléau historique, est en recul, a-t-il affirmé, soulignant une baisse structurelle de la facture des importations, passée de 60 à 40 milliards de dollars depuis le Hirak. Il a également revendiqué des avancées en matière d’autosuffisance alimentaire – 81 % pour le blé dur, avec 1,2 milliard de dollars économisés cette année – tout en balayant les critiques sur les prix, notamment celui de la pomme de terre : “C’est une honte d’en parler, personne ne m’obligera à l’importer.” Une fermeté qui tranche avec les appels à la régulation des marchés, où certains opérateurs continuent de “rechercher des failles” pour tromper le système.

Enfin, le président a évoqué des projets structurants, comme la ligne ferroviaire Bechar-Tindouf-Gara Djebilet, qui sera opérationnelle d’ici la fin de l’année pour transporter le minerai de fer. Avec une production de 41 millions de tonnes de ciment par an, l’Algérie doit aussi réorganiser ses exportations pour tirer parti de ses atouts. Mais ces ambitions seront-elles à la hauteur des attentes ? Si Tebboune appelle à un “esprit national” pour faire avancer l’économie, la lutte contre la corruption et la bureaucratie reste un chantier titanesque. Les opérateurs économiques, invités à jouer un rôle central, sauront-ils répondre à l’appel, ou les vieux démons du passé resurgiront-ils pour entraver cette renaissance annoncée ? Riad

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici