Algérie–Niger : le retour du réalisme

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La visite du président nigérien Abdoulaye Tiani à Alger et l’annonce du retour réciproque des ambassadeurs marquent officiellement la fin d’une « période inhabituelle de froid », selon les mots du président Abdelmadjid Tebboune. Au-delà du symbole, c’est une clarification stratégique.

Le Niger n’est pas un voisin parmi d’autres. Il est un pivot du Sahel, une profondeur stratégique pour l’Algérie, un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme et les trafics transfrontaliers. Dans une région fragilisée par les coups d’État, les ingérences étrangères et la recomposition des alliances, Alger a choisi une ligne constante : respect de la souveraineté des États et refus de toute intervention militaire extérieure.

En saluant la « position honorable » de l’Algérie, le président nigérien reconnaît une réalité : Alger n’a jamais varié. Fidèle à son histoire, elle ne saurait tolérer que son territoire serve à déstabiliser un pays frère. Ce principe n’est pas seulement moral ; il est stratégique.

Mais la diplomatie n’est jamais dissociée des intérêts économiques. La relance de l’exploitation conjointe d’un champ pétrolier par Sonatrach et la société nigérienne Sonidep, ainsi que l’accélération du projet de gazoduc transsaharien (TSGP), changent la donne.

Le TSGP, destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et l’Algérie, apparaît aujourd’hui comme l’option la plus réaliste sur le plan technique et financier. Contrairement au projet concurrent porté par Rabat — long de plus de 6 000 kilomètres à travers 13 pays —, le tracé transsaharien s’appuie en grande partie sur des infrastructures existantes. L’annonce du lancement des travaux au Niger, confiés à Sonatrach après le Ramadhan, traduit une volonté politique claire : passer des déclarations aux actes. L’Algérie consolide ainsi sa position de hub énergétique africain et méditerranéen, tout en renforçant son ancrage sahélien.

La convergence de vues entre Alger et Niamey sur la lutte contre le terrorisme est un autre signal fort. Face à la montée des groupes armés dans la région, la coopération militaire, la formation et le partage d’expertise deviennent des impératifs. La stabilité du Niger conditionne directement celle du Sud algérien.

Cette normalisation ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’un calcul lucide : dans un Sahel fragmenté, les alliances naturelles doivent primer sur les malentendus passagers. L’Algérie confirme qu’elle demeure un acteur central, capable de dialoguer, de proposer et d’investir.

En réalité, plus qu’un simple réchauffement diplomatique, c’est un axe stratégique Alger–Niamey qui se consolide. Et derrière cette dynamique se dessine une ambition plus large : celle d’une Afrique qui choisit ses partenariats selon ses intérêts, et non sous pression. Une page se tourne. Reste désormais à écrire la suivante… celle des réalisations concrètes.

  • Par Belkacem

 

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