Commission nationale des cultes autres que musulmans : L’Algérie réaffirme son engagement pour la liberté de croyance

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Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Youcef Belmehdi, a présidé mardi une réunion périodique de l’instance chargée du suivi de l’exercice des cultes non musulmans. Au menu : les préoccupations des associations religieuses, le cadre juridique en vigueur et la lutte contre la désinformation en ligne. Retour sur le contexte, de l’ordonnance de 2006 à la visite historique du pape Léon XIV.

Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, M. Youcef Belmehdi, a présidé en effet, au siège de son département à Alger, la réunion de la Commission nationale des cultes autres que musulmans. Au terme des travaux, l’Algérie a réaffirmé son « engagement effectif » en faveur de la préservation du principe de la liberté de croyance, a indiqué un communiqué du ministère. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de l’ordonnance fixant les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans. Les membres de la Commission se sont réunis pour « examiner plusieurs points inscrits à l’ordre du jour et liés aux préoccupations exprimées par les associations religieuses autres que musulmanes ». Il s’agit d’une réunion périodique, ce qui témoigne, selon le ministère, d’un suivi régulier et d’un dialogue institutionnel avec les parties concernées.

Un cadre constitutionnel et légal rappelé

Les participants ont tenu à rappeler les fondements juridiques de la pratique religieuse dans le pays. Le communiqué souligne que « la Constitution algérienne consacre la liberté d’exercice des cultes, garantie dans le cadre du respect de la loi ». Il insiste aussi sur la conformité du dispositif national avec les engagements internationaux de l’Algérie. Selon le texte, « les textes législatifs et réglementaires en vigueur sont totalement conformes aux principes et objectifs communs consacrés par les chartes et les conventions internationales, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ». Ce pacte, adopté dans le cadre des Nations unies, garantit notamment la liberté de pensée, de conscience et de religion. Autre point mis en avant : la protection des édifices religieux. L’État, précise le communiqué, « garantit la protection des lieux de culte contre toute influence politique ou idéologique ». La formule traduit la volonté de préserver la vocation spirituelle de ces espaces et de les tenir à l’écart de toute instrumentalisation.

Aux origines : l’ordonnance de 2006

Pour comprendre le rôle de cette Commission, il faut remonter à 2006. L’ordonnance n° 06-03 du 28 février 2006 fixe les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans. Une précision s’impose sur la numérotation : c’est sous la référence 06-03 que le texte figure au Journal officiel et dans les documents juridiques consultés, alors que le communiqué du ministère, tel que relayé, évoque une ordonnance « 06-02 bis ». Ce texte a été adopté dans un contexte précis. L’Algérie sortait de la « décennie noire » des années 1990, et les autorités souhaitaient doter le pays d’un cadre spécifique pour les communautés religieuses non musulmanes, jusque-là régies par des dispositions éparses. L’ordonnance leur offre un statut légal et institutionnel. Elle affirme que les associations religieuses des cultes autres que musulmans bénéficient de la protection de l’État. Elle prévoit aussi un mécanisme de contrôle, qui explique l’existence de la Commission réunie cette semaine. Il est créé, auprès du ministère chargé des affaires religieuses et des wakfs, une commission nationale des cultes, chargée notamment de veiller au respect du libre exercice du culte. C’est également à cette instance que revient un rôle clé dans l’ouverture des lieux de prière : l’affectation d’un édifice à l’exercice du culte est soumise à l’avis préalable de la commission nationale. Le texte a été appliqué concrètement à partir de 2008, selon un rapport soumis aux instances onusiennes. Il a ensuite été complété par la loi de 2012 sur les associations, qui s’applique aux associations religieuses.

Un texte qui continue de susciter le débat

L’ordonnance de 2006 n’a pas fait l’unanimité à l’étranger. Plusieurs organisations de défense des droits humains lui ont adressé des critiques, auxquelles les autorités algériennes ont toujours répondu en invoquant la conformité du texte avec le droit international, comme le rappelle précisément le communiqué de cette semaine. Human Rights Watch a ainsi estimé en 2019 que le texte impose aux non-musulmans des règles restrictives qui ne s’appliquent pas aux musulmans, et que le prosélytisme y est érigé en délit pénal. L’organisation indiquait par ailleurs que douze églises protestantes avaient été fermées depuis novembre 2018, principalement faute d’autorisation exigée par l’ordonnance. Un rapport transmis au Conseil des droits de l’homme de l’ONU relève de son côté que le Comité des droits de l’homme avait réitéré ses préoccupations sur l’article 11 du texte, qui criminalise certaines activités. Dans sa réponse à une question parlementaire en 2020, le gouvernement français rappelait pour sa part que la liberté de conscience et d’exercice du culte est garantie par la Constitution algérienne, et qu’une ordonnance de 2006 fixe les conditions d’exercice des cultes « autres que musulmans », tout en soulignant que ces conditions relèvent de la compétence des autorités algériennes. C’est dans ce contexte que les autorités algériennes insistent sur la régularité du dispositif et sur leur disposition à répondre aux préoccupations exprimées. Le communiqué de mardi s’inscrit dans cette logique.

Des mécanismes d’encadrement et une écoute des préoccupations

La Commission a réaffirmé « l’engagement effectif de l’Algérie à préserver le principe de la liberté de croyance et à le concrétiser à travers la mise en place de mécanismes à même d’encadrer la pratique des cultes ». Elle a renouvelé « sa ferme volonté d’être à l’écoute des préoccupations exprimées en la matière et d’y apporter des réponses ». Cet engagement fait écho à l’objet même de la réunion, consacrée à l’examen des points soulevés par les associations religieuses non musulmanes. La Commission se présente ainsi comme un espace de dialogue entre l’administration et les représentants de ces associations, chargé de recueillir leurs attentes et d’y répondre dans le respect de la législation en vigueur.

Un appel à la vigilance face à la désinformation

Un volet de la réunion a porté sur l’information. La Commission a appelé à « ne pas se laisser entraîner par des informations non fiables et contraires à la réalité quant à l’exercice des cultes en Algérie, diffusées à tort dans l’espace numérique ». Cet appel intervient alors que les réseaux sociaux favorisent la circulation rapide de contenus, parfois non vérifiés, sur des sujets sensibles. Les autorités invitent le public, les observateurs et les médias à privilégier les sources fiables et officielles.

La visite du pape Léon XIV, un moment charnière

Pour illustrer la tradition de tolérance du pays, la Commission a rappelé « la visite historique de sa Sainteté le pape du Vatican Léon XIV », qui « témoigne du dialogue humain et de la culture du vivre-ensemble dans la paix ». L’événement a marqué l’année diplomatique et religieuse. Le Bureau de presse du Saint-Siège avait annoncé le 25 février 2026 que le pape se rendrait en Algérie dans le cadre d’une tournée africaine. Le souverain pontife avait été invité par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Léon XIV est arrivé en Algérie le 13 avril 2026, pour une visite historique, la première d’un pape dans le pays, au début d’une tournée africaine de onze jours.

Sur les pas de saint Augustin

Le choix de l’Algérie n’avait rien d’anodin. Le pape appartient à l’ordre des Augustins, et il se présente volontiers comme « l’enfant de saint Augustin », lui-même considéré comme un fils de l’Algérie. Le théologien, né à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, fut évêque d’Hippone, près d’Annaba. Léon XIV s’était déjà rendu deux fois dans le pays en tant que prieur général de l’ordre de Saint-Augustin. Le souverain pontife avait lui-même exprimé ce souhait. Lors de son voyage au Liban en décembre 2025, il déclarait vouloir se rendre en Algérie pour visiter les lieux de vie de saint Augustin et poursuivre la construction de ponts entre le monde chrétien et le monde musulman. L’Algérie devenait ainsi le troisième pays visité par Léon XIV depuis son élection, après la Turquie et le Liban. L’archevêque d’Alger, Jean-Paul Vesco, jugeait d’ailleurs « réducteur » de n’y voir que le pèlerinage d’un augustinien.

Un programme à forte charge symbolique

Le séjour s’est déroulé à Alger puis à Annaba. Le pape devait marcher dans les pas de saint Augustin et tenter de renforcer le dialogue interreligieux pendant ces deux jours. Dès son arrivée dans la capitale, il a rendu hommage aux victimes algériennes de la guerre d’indépendance au monument des martyrs, où il a appelé au « pardon » comme voie vers la réconciliation. Le programme prévoyait aussi un moment de recueillement à la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, et une visite de la basilique Saint-Augustin à Annaba. Léon XIV devait se recueillir en privé dans la chapelle des dix-neuf « martyrs d’Algérie », prêtres et religieuses assassinés durant la décennie noire, symbole du prix payé par les religieux engagés dans le dialogue avec l’islam.

Une portée diplomatique et interreligieuse

La visite a été largement commentée. Le pape y a porté un message de coexistence pacifique, dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient. Dans la presse française, certains y ont vu un message d’ouverture face à l’islamophobie et un succès diplomatique pour le président Tebboune. Pour la communauté catholique d’Algérie, restreinte mais ancienne, la venue du chef de l’Église était un événement sans précédent. Pour les autorités, elle constitue un argument de poids : la preuve, selon elles, d’un pays ouvert au dialogue des religions et des civilisations. C’est ce que la Commission a voulu souligner à l’issue de sa réunion, en évoquant « la place qu’occupe l’Algérie et son histoire riche en images de tolérance et de respect ».

Un rendez-vous régulier au service du dialogue

La tenue de cette réunion, placée sous la présidence du ministre en personne, traduit l’importance que le ministère accorde au dossier. En réunissant les membres de la Commission autour des préoccupations des associations religieuses, il entend assurer un suivi continu et maintenir ouverts les canaux de communication avec les communautés concernées. Le message est triple. Le cadre juridique algérien garantit, selon les autorités, la liberté d’exercice des cultes dans le respect de la loi. L’État veille à la protection des lieux de culte et affirme rester à l’écoute des préoccupations exprimées. Enfin, les informations non vérifiées diffusées en ligne doivent être accueillies avec prudence.

Par Charef Slamani

 

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