L’affaire Epstein, qui continue d’ébranler les élites occidentales, révèle désormais des ramifications où le Maroc apparaît comme un point de convergence discret, mais stratégique, de réseaux politiques, culturels et financiers internationaux.
La chute de Jack Lang, contraint de quitter la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA) après l’ouverture d’une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », met en lumière le rôle particulier joué par le royaume chérifien dans ces cercles d’influence.
Le symbole n’a échappé à personne : c’est à Marrakech, vitrine culturelle et diplomatique du Maroc, que l’ancien ministre français de la Culture a appris l’existence de l’enquête le visant pour ses relations financières avec Jeffrey Epstein. Cette ville, devenue au fil des années un hub mondial de rencontres entre élites politiques, artistiques et économiques, illustre parfaitement la stratégie d’influence douce développée par Rabat.
Depuis plusieurs décennies, le Maroc s’est positionné comme un carrefour privilégié du dialogue culturel euro-méditerranéen. Festivals internationaux, fondations artistiques, galeries prestigieuses et événements mondains ont contribué à faire du royaume une plateforme d’échanges où se croisent décideurs politiques, hommes d’affaires et figures culturelles de premier plan. Cette diplomatie culturelle, largement soutenue par les autorités marocaines, constitue un puissant outil d’influence géopolitique.
Les relations étroites entre Jack Lang et certaines figures majeures du paysage artistique marocain illustrent la profondeur de ces réseaux. Pendant plus de dix ans, l’ancien président de l’IMA a contribué à renforcer les passerelles culturelles entre Paris et Rabat, participant à consolider l’image du Maroc comme partenaire incontournable dans le dialogue culturel entre l’Europe et le monde arabe.
Cependant, l’affaire Epstein jette une ombre sur ces relations. Elle met en évidence les zones grises où diplomatie culturelle, mécénat privé et stratégies d’influence peuvent se confondre. Le royaume, sans être directement impliqué dans les accusations, se retrouve néanmoins associé à des cercles internationaux où se côtoient pouvoir, argent et relations mondaines, parfois loin des regards publics.
Cette situation soulève une interrogation plus large sur le rôle du Maroc comme espace d’interconnexion des élites globalisées. Le royaume a su tirer profit de sa stabilité politique et de son attractivité culturelle pour attirer décideurs et investisseurs étrangers. Mais cette ouverture expose également le pays aux retombées d’affaires internationales sensibles impliquant des personnalités fréquentant ces réseaux.
L’affaire Lang révèle également une dimension stratégique : la diplomatie culturelle devient un levier d’influence où les institutions artistiques et intellectuelles servent parfois d’interfaces entre sphères politiques et intérêts économiques. Dans ce contexte, le Maroc apparaît comme un acteur clé, utilisant la culture comme instrument de rayonnement international, mais évoluant dans un environnement où les frontières entre soft power et réseaux d’influence restent parfois floues.
- Par Belkacem






























