Erik Jensen : de l’ONU aux services secrets marocains

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Selon des câbles diplomatiques, Erik Jensen, ancien responsable onusien ayant supervisé le dossier du Sahara occidental, aurait été recruté par la Direction générale des études et de la documentation (DGED), service de renseignement extérieur du Maroc, pour défendre les positions marocaines. Il aurait également conseillé Rabat sur des stratégies de communication visant à marginaliser le Front Polisario sur la scène internationale.

Créée en 1991, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) devait superviser un cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, puis organiser un référendum d’autodétermination. Ce scrutin, prévu pour trancher entre l’indépendance ou l’intégration au Maroc, n’a jamais eu lieu en raison de désaccords sur les critères d’éligibilité des votants.

De 1993 à 1998, Erik Jensen, diplomate dano-malaisien, a dirigé la Commission d’identification de la MINURSO, chargée d’établir la liste des électeurs. Un processus explosif : le Maroc exigeait l’inclusion de tribus jugées « pro-marocaines », tandis que le Polisario dénonçait une manipulation démographique. Son départ en 1998 coïncide avec l’abandon du référendum, remplacé par des discussions sur des alternatives comme l’autonomie.

En 1998 , peu après son départ de l’ONU, Jensen est recruté par la DGED pour son expertise. Ce passage d’une fonction onusienne à un service de renseignement marocain soulève des questions éthiques : un ancien responsable neutre peut-il servir les intérêts d’une partie au conflit sans compromettre sa crédibilité passée ?

En 2008, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, Jensen plaide pour le plan d’autonomie marocain (proposé en 2007), rejeté par le Polisario qui exige un référendum incluant l’indépendance. Selon des câbles, il aurait aussi conseillé le Maroc sur des tactiques pour affaiblir diplomatiquement le Polisario. Des ONG et le Polisario l’accusent d’avoir « vendu » son statut onusien pour légitimer les thèses marocaines. « Jensen a été acheté pour saper la paix », affirme un représentant du Front.

Le recrutement de Jensen n’est pas isolé. Le Maroc s’appuie sur d’anciens diplomates ou militaires occidentaux pour défendre ses positions via des « think tanks » ou des lobbies, contrant ainsi le soutien historique du Polisario par l’Algérie et certains pays africains. Bien que Jensen ait quitté la MINURSO avant son recrutement par la DGED, son cas illustre les défis de neutralité de l’ONU dans un conflit où chaque camp mobilise des ressources de lobbying considérables.

Depuis 2020, le conflit connaît une escalade (rupture du cessez-le-feu). Les révélations sur Jensen éclairent les coulisses d’une guerre d’influence toujours active, où le Maroc mêle diplomatie, renseignement et « soft power »(investissements en Afrique, normalisation avec Israël) pour isoler le Polisario.

Cette affaire souligne la complexité d’un conflit gelé depuis des décennies, où s’entremêlent enjeux géopolitiques, défis éthiques et stratégies d’influence. Elle interroge aussi les limites de la gouvernance onusienne face aux réalités de la realpolitik régionale. Riad

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