L’épopée de Sidi Lakhdar Ben Khlouf

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 Sidi Lakhdar Ben Khlouf, de son vrai nom Lakhal Ben Abdellah Ben Khlouf El Maghraoui, demeure l’une des plus grandes figures de la poésie populaire algérienne du XVIe siècle.

Poète mystique, homme de foi et témoin des grandes batailles de son époque, il a marqué à jamais la mémoire culturelle du Maghreb par ses poèmes religieux et ses récits épiques. Surnommé le louangeur du Prophète, Sidi Lakhdar doit sa renommée à ses magnifiques qacidates dédiées au prophète Mohamed, que le salut soit sur lui, ainsi qu’à son poème épique consacré à la bataille de Mazagran du 26 août 1558 contre les Espagnols.

À sa naissance, sa mère Koula lui donne le prénom de Lakhal, le Noir , un nom choisi pour éloigner le mauvais œil, à la suite d’un vœu formulé lors d’un pèlerinage à Sidi M’hamed Lakhal. Mais durant sa grossesse, elle rêve de son fils vêtu d’une ceinture verte ornée de pièces d’or. Elle décide alors de l’appeler Lakhdar, le Vert , symbole d’espérance et de bénédiction. Selon une autre tradition populaire, c’est le Prophète lui-même qui lui aurait demandé en rêve de changer son nom de Lakhal à Lakhdar.

Originaire d’une famille venue du nord-ouest du Sahara et installée dès le XIVe siècle dans le territoire des Maghraoua, au cœur du Dahra, Sidi Lakhdar naît vers la fin du XVe siècle au sein de la tribu berbère des Zerrifa. Si les historiens divergent sur les dates exactes de sa vie, plusieurs sources situent sa naissance autour de 1479 et son décès vers 1585.

Orphelin de père dès son jeune âge, il grandit à Mazagran, près de Mostaganem, où il apprend le Coran et forge sa sensibilité spirituelle. Très tôt, il développe un talent exceptionnel pour la poésie populaire. Considéré aujourd’hui comme l’un des fondateurs de la poésie Melhoun en Algérie, il a posé les bases d’un art poétique profondément enraciné dans la foi, la sagesse populaire et la mémoire collective.

Mais Sidi Lakhdar Ben Khlouf ne fut pas seulement un homme de lettres. Il participa également aux combats contre les Espagnols. En 1558, il rejoint les troupes musulmanes dirigées par le bey Kheïreddine pour défendre Mazagran et Mostaganem. La bataille du 26 août 1558 se solde par une écrasante défaite espagnole, avec des milliers de morts, dont leur chef, le Comte d’Alcaudete. Cette victoire inspirera au poète sa célèbre Qassat Mazagrâne , véritable chronique héroïque en vers.

Dans ses poèmes Cherchell et Mazagran , il raconte avec précision les déplacements des combattants entre Alger, Blida, Mostaganem et Mazagran, immortalisant ainsi la résistance algérienne face aux conquérants espagnols. La vie de Sidi Lakhdar prend ensuite une dimension profondément mystique.

Après un pèlerinage à Tlemcen, au sanctuaire de Sidi Boumédiène, il se rapproche du soufisme et consacre le reste de sa vie à la dévotion religieuse et à la poésie spirituelle. Selon la légende, il aurait vu le prophète Mohamed en rêve, vision qui bouleversa son existence et inspira un long poème de plus de deux cents vers dédié au Messager de Dieu.

Aujourd’hui encore, son mausolée, situé dans la commune de Sidi Lakhdar, attire visiteurs, fidèles et passionnés d’histoire. Le lieu est entouré de nombreuses légendes, notamment celle du mystérieux palmier du mausolée, réputé avoir résisté miraculeusement au feu et aux tentatives d’abattage.

Chaque année, la waada et le festival de Sidi Lakhdar Ben Khlouf célèbrent son héritage à travers des soirées de chant chaâbi, de musique andalouse et de poésie populaire. Plusieurs troupes artistiques y rendent hommage à celui dont l’œuvre demeure vivante dans toute l’Algérie et le Maghreb.

  • Par Belkacem

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