L’Europe n’a pas été consultée. Elle n’a pas été informée. Elle n’a pas été associée. Pourtant, elle pourrait bientôt se retrouver en première ligne.
Lorsque Washington a décidé, aux côtés de l’entité israélienne, de frapper l’Iran, les capitales européennes ont découvert les événements presque en temps réel. À Paris, on a dénoncé le manque de concertation. À Londres, on a tenté de temporiser. Mais la riposte iranienne change tout : des bases françaises et britanniques ont été ciblées, et l’Europe glisse dangereusement vers l’implication directe.
La France a envoyé des Rafale vers les Émirats arabes unis pour sécuriser ses installations. Le Royaume-Uni prépare un déploiement naval vers Chypre. Pendant ce temps, l’Espagne prend soin de préciser que ses bases ne serviront pas aux frappes contre Iran. Trois réactions, trois lignes, une même inquiétude : l’Europe ne maîtrise pas le tempo. Le problème est là.
Depuis des années, les dirigeants européens parlent « d’autonomie stratégique ». Mais au moment critique, c’est Washington qui décide, et l’Europe qui ajuste. Le continent se retrouve pris dans une mécanique qui n’est pas la sienne. Or une guerre contre l’Iran ne serait pas une opération périphérique : ce serait un embrasement régional aux conséquences énergétiques, sécuritaires et migratoires directes pour l’Europe.
Les opinions publiques européennes n’ont jamais voté pour une confrontation avec Téhéran. Les parlements n’ont pas débattu d’une entrée en guerre. Pourtant, l’engrenage est enclenché : solidarité atlantique, représailles, protection des bases, démonstration de force.
L’histoire enseigne que les grandes guerres commencent souvent ainsi : par une série de réactions successives, justifiées, défensives, presque automatiques. Chaque mouvement appelle le suivant.
La vraie question est politique : l’Europe veut-elle être une puissance ou rester un théâtre secondaire des décisions américaines ? Si elle choisit l’escalade militaire, elle devra en assumer le prix économique et humain. Si elle choisit la médiation, elle devra affirmer son indépendance stratégique au risque de froisser son allié américain.
Soit l’Europe démontre qu’elle est capable de définir ses intérêts propres et d’imposer une solution diplomatique. Soit elle confirme son statut de puissance subordonnée, entraînée dans des conflits décidés ailleurs. La guerre n’est peut-être pas encore déclarée. Mais l’épreuve de souveraineté, elle, a déjà commencé.
L’Europe peut encore choisir la voie diplomatique. Elle peut exiger un cessez-le-feu, ouvrir un canal de médiation, refuser l’escalade. Le temps presse, et dans les couloirs feutrés des chancelleries, une question hante désormais les décideurs : sommes-nous déjà en guerre sans l’avoir officiellement déclaré ?
- Par Belkacem






























