Makhzen -RN : enquête sur une alliance contre nature

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Le royaume du Maroc, sous Mohammed VI, entretient des relations troubles avec le Rassemblement national (RN), le parti français d’extrême droite historiquement hostile à l’immigration maghrébine et à l’islam. Une enquête de « L’Express » révèle les rouages de cette alliance surprenante, structurée autour de trois piliers : « la haine de l’Algérie, le soutien à l’annexion du Sahara occidental et le rapprochement avec Israël ». Un cocktail géopolitique qui unit paradoxalement un régime monarchique musulman à un parti xénophobe, héritier de l’OAS et des partisans de l’Algérie française.

Quatre visages clés du lobby marocain au sein de l’extrême droite : 

-Thierry Mariani : l’avocat de Rabat à Strasbourg : Député européen RN et ex-ministre de Nicolas Sarkozy, Mariani incarne le relais marocain au Parlement européen. En 2023, il s’est illustré en blanchissant systématiquement le Maroc.  En Janvier il s’est opposé  à une résolution européenne exigeant le respect des libertés de la presse, malgré l’emprisonnement de journalistes critiques envers Mohammed VI.  En Février, il a prit la défense du royaume dans le « Marocgate », scandale d’espionnage de députés européens via Pegasus  et tentative d’influence sur les votes concernant le Sahara occidental. « Son zèle dépasse la simple realpolitik : c’est un alignement idéologique », analyse un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

-Jean-Claude Martinez : l’idéologue historique : Ancien vice-président du Front national (1985-2008), ce proche de Jean-Marie Le Pen a , posé les bases du rapprochement dès les années 1990 . Ex-directeur de l’École d’administration de Rabat et conseiller fiscal d’Hassan II, il reste un pilier discret mais influent. En 2018, il a attaqué un arrêt de la Cour européenne de justice reconnaissant les droits du Front Polisario sur le Sahara occidental, dans une tribune au « Figaro ».

-Éric Ciotti : Président des Républicains (LR) et récent allié du RN, Ciotti incarne la normalisation de l’extrême droite dans le paysage institutionnel. Lors d’une visite officielle à Rabat en mai 2023, aux côtés de Rachida Dati, il a défendu « la coopération franco-marocaine face aux déstabilisations régionales » – un euphémisme pour désigner l’Algérie.

– Bernard Lugan : le falsificateur de l’histoire.  Né à Meknès, cet « historien » controversé, dont les thèses colonialistes sont rejetées par l’université française, est devenu le  porte-voix des ambitions marocaines.  Dans des médias proches du Palais (Le360*, Hespress), il défend l’annexion du Sahara occidental et attise la haine anti-algérienne. En 2022, il a publié « Pourquoi le Maroc gagnera la guerre du Sahara », un pamphlet qualifié de  propagande décomplexée  par « Le Monde diplomatique ».

Cette alliance s’inscrit dans une stratégie régionale plus large : Diabolisation de l’Algérie. Soutien à l’annexion du Sahara occidental et  en échange, le Maroc appuie les positions du RN sur l’immigration, et le Rapprochement avec Israël. Le RN, traditionnellement pro-israélien, y voit un levier pour marginaliser l’Algérie, alliée de la Palestine.

Scandale d’État ou instrumentalisation:

Le Parlement européen enquête sur des soupçons de corruption de députés par Rabat , via des voyages luxueux et des financements occultes. Thierry Mariani et d’autres élus RN sont dans le collimateur. Pourtant, malgré les preuves (écoutes téléphoniques, transferts bancaires), le RN continue de nier en bloc, dénonçant un « complot algérien ».

Cette collusion illustre la métamorphose calculée du RN, prêt à pactiser avec un régime autoritaire pour assoir son influence. Pour Mohammed VI, l’enjeu est double : légitimer l’occupation du Sahara occidental et isoler l’Algérie. Reste une question : jusqu’où ira cette alliance, alors que les crimes du Makhzen (répression des Hirak, espionnage de journalistes) devraient, en théorie, horripiler un parti se disant « défenseur des libertés » ?

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